Bruno Retailleau, ancien ministre français de l’Intérieur, a appelé jeudi à durcir le rapport de force entre la France et l’Algérie, en proposant de lier l’octroi des visas français à l’exécution par Alger des obligations de quitter le territoire français (OQTF). Invité de l’émission de Laurence Ferrari sur Europe 1, l’ancien locataire de Beauvau a dressé un constat sévère des relations franco-algériennes, affirmant sans détour : « La relation avec l’Algérie sera toujours toxique ». Selon lui, cette toxicité est structurelle et découle de pratiques récurrentes où la France est utilisée comme bouc-émissaire des échecs internes de l’Algérie.
Cette prise de position intervient dans un contexte diplomatique sensible. Après une période de tensions, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’est rendu en Algérie avec l’objectif de restaurer un dialogue sérieusement entaché. Ce déplacement intervient alors que les relations entre Paris et Alger ont été fragilisées notamment par la reconnaissance par Emmanuel Macron de la « marocanité » du Sahara occidental, déclenchant une crise politique et diplomatique majeure.
Fidèle à sa ligne de conduite, Bruno Retailleau a justifié sa fermeté en rappelant plusieurs points de rupture dans les relations avec Alger, citant les cas de Boualem Sansal et de Christophe Gleizes. Il a accusé les autorités algériennes d’avoir organisé « une série d’attentats des services secrets sur le sol français » et a dénoncé ce qu’il considère comme une passivité diplomatique face à ces actes. Il a notamment déclaré : « Ma méthode a fonctionné (…) Fallait-il accepter la tentative d’attentat des services algériens contre un opposant algérien sur notre sol ? Fallait-il accepter de ne rien dire alors qu’à l’époque, il y avait encore Boualem Sansal qui était retenu derrière les barreaux et c’est le cas toujours pour Christophe Gleizes ». Selon lui, ces événements confirment la nécessité d’une posture ferme pour défendre les intérêts français et assurer le respect de la France dans ses relations bilatérales.
Bruno Retailleau estime que le respect de la France doit passer par un rapport de force migratoire et propose de renégocier les accords franco-algériens de 1968, qu’il juge déséquilibrés en faveur de l’Algérie. Il plaide pour que le nombre de visas délivrés par la France soit directement lié à l’exécution effective des OQTF par les autorités algériennes. « Il faut revenir sur les accords de 1968 qui sont très avantageux pour l’Algérie, et il faut surtout lier le nombre de visas au nombre d’OQTF qui sont repris, afin que la France soit respectée », a-t-il déclaré, estimant que cette condition stricte permettrait de rééquilibrer les rapports et d’instaurer une pression concrète sur les autorités algériennes.
Pour Retailleau, la relation entre la France et l’Algérie restera marquée par des hauts et des bas, mais fondamentalement inchangée. « La relation sera toujours toxique. Parce qu’ils utilisent la France comme un bouc-émissaire de tous leurs échecs au niveau interne. Il y aura des hauts et des bas, mais rien ne changera fondamentalement », a-t-il ajouté. Selon lui, seule une position ferme, associée à un suivi rigoureux des engagements de l’Algérie, peut permettre à la France d’affirmer son autorité et de défendre ses intérêts face à ce partenaire difficile mais incontournable.
Ainsi, Bruno Retailleau réaffirme sa vision d’une diplomatie exigeante et structurée, où le respect de la France se traduit par la mise en place de conditions concrètes sur les visas et le traitement des OQTF, et où la fermeté demeure la clé d’une relation bilatérale complexe et historiquement tendue.