Les relations franco-algériennes connaissent une nouvelle phase de tensions, marquée par des déclarations polémiques et des divergences profondes sur plusieurs dossiers sensibles. Mardi 18 mars, Didier Leschi, directeur de l’Office français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII), a tenu des propos qui ont suscité une vive réaction, qualifiant l’Algérie de « Corée du Nord du Maghreb » lors d’une intervention sur BFMTV.
Le responsable français a affirmé que le pays était « héritier d’une pratique qui était celle des régimes staliniens. C’est-à-dire à la fois empêcher les gens de sortir quand ils en ont envie et empêcher les gens de rentrer. » Il a également déploré que cette situation soit « un drame pour les Franco-Algériens, pour la France et pour le bassin méditerranéen », soulignant que « cette région pourrait se développer s’il y avait vraiment un marché entre le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. » « L’Algérie se caricature en Corée du Nord du Maghreb. », insiste-t-il.
“L’Algérie se caricature en Corée du Nord du Maghreb”, estime Didier Leschi (Office français de l'Immigration et de l'Intégration) pic.twitter.com/a0OVRdLRqP
— BFMTV (@BFMTV) March 18, 2025
L’assimilation choquante de l’Algérie à la Corée du Nord survient dans un contexte où les relations entre Alger et Paris sont marquées par des différends persistants sur plusieurs fronts. Récemment, l’Algérie a refusé d’accueillir une liste de soixante ressortissants que la France souhaite expulser, invoquant des raisons de sécurité et de souveraineté nationale. Cette liste, présentée par le ministre français de l’Intérieur Bruno Retailleau le 3 mars, concerne des individus jugés « dangereux » par les autorités françaises. Certains de ces ressortissants ont été condamnés pour des infractions diverses, dont l’un était soupçonné d’être impliqué dans un attentat à Mulhouse.
Face à ce refus, Bruno Retailleau a promis une « riposte graduée », tandis que les autorités algériennes ont dénoncé les « velléités d’intimidation » de Paris. Le gouvernement algérien affirme que ses décisions en matière migratoire sont fondées sur le respect de ses propres intérêts et qu’elles ne sauraient être influencées par des pressions extérieures.
D’autres dossiers accentuent les tensions entre les deux pays, notamment la question du Sahara occidental, un sujet hautement sensible sur lequel l’Algérie et la France n’ont pas la même position. Le président français Emmanuel Macron a réaffirmé son soutien à la souveraineté du Maroc sur ce territoire, une prise de position qui a été perçue comme une provocation à Alger.
Par ailleurs, l’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a ajouté un nouvel élément de friction entre Paris et Alger. Accusé de « pratiques de nature à nuire à l’économie nationale » et de « détention de publications menaçant la sécurité et la stabilité du pays », il a comparu devant la justice algérienne. Selon le journaliste d’Echorouk, Boualem Sansal « paraissait en bonne santé » lors de son audience et a nié toute intention de nuire à son pays. « Je n’ai fait qu’exprimer une opinion comme tout citoyen algérien », a-t-il déclaré devant le tribunal, reconnaissant cependant ne pas avoir mesuré l’impact de ses propos sur les institutions algériennes. « Je suis un Algérien aimant son pays, il ne peut y avoir aucun doute sur mon patriotisme », a-t-il ajouté.
Enfin, le rôle des influenceurs franco-algériens sur les réseaux sociaux suscite également des tensions. Certains d’entre eux ont adopté des discours polémiques, amplifiant le ressentiment historique entre les deux pays. Ce climat d’incompréhension et de divergences stratégiques rend difficile tout rapprochement durable entre Paris et Alger, malgré les liens historiques et les intérêts économiques communs.
Alors que la diplomatie tente de maintenir un équilibre précaire, ces tensions illustrent les défis persistants qui jalonnent les relations franco-algériennes. Chaque prise de position, chaque déclaration publique est scrutée et interprétée dans un contexte marqué par une mémoire partagée et une histoire complexe. Reste à voir si les responsables des deux pays trouveront une voie pour apaiser ces tensions et avancer vers une coopération plus sereine.
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