Le dégel diplomatique entre Paris et Alger semble avoir trouvé un nouveau souffle sur le terrain crucial de la sécurité. En ce mardi 17 février 2026, la visite de Laurent Nuñez dans la capitale algérienne marque un tournant significatif après une période de turbulences qui durait depuis l’été 2024. Reçu en audience par le président Abdelmadjid Tebboune au deuxième jour de son déplacement, le ministre français de l’Intérieur a scellé le retour d’une coopération décrite comme étant de « très haut niveau ». Cette rencontre au sommet, immortalisée par les caméras de la présidence algérienne, symbolise une volonté mutuelle de normaliser des échanges essentiels à la stabilité de la région.
L’importance de cet entretien s’est manifestée par la qualité des participants entourant les deux hommes. Côté algérien, le président Tebboune était épaulé par son directeur de cabinet, Boualem Boualem, son conseiller diplomatique Amar Abba, ainsi que par le ministre Saïd Sayoud. La dimension purement sécuritaire était incarnée par le général-major Abdelkader Aït-Ouarabi, patron de la sécurité intérieure (DGSI). Côté français, Laurent Nuñez était notamment accompagné de Céline Berthon, directrice générale de la sécurité intérieure française, confirmant que les discussions dépassaient le cadre protocolaire pour toucher au cœur du renseignement et de la lutte antiterroriste.
Lors d’une brève déclaration publique à l’issue de l’entrevue, Laurent Nuñez a clairement défini la feuille de route de cette mission. Il a affirmé avoir travaillé avec ses homologues pour « réenclencher un dispositif de coopération sécuritaire de très haut niveau ». Selon le ministre français, l’objectif est désormais de « reprendre des relations de sécurité normales » et surtout de les « densifier ». Cette densification doit s’opérer sur trois piliers fondamentaux : la coopération judiciaire, l’action policière et le partage de renseignements, des domaines où l’interdépendance entre les deux rives de la Méditerranée est totale.
Cette visite, projetée depuis plusieurs mois à l’invitation de Saïd Sayoud, avait tardé à se concrétiser et son maintien est resté incertain jusqu’au dernier moment. Malgré cette prudence initiale, les réunions de travail entamées dès le lundi ont permis d’aborder des dossiers complexes. Outre la lutte contre le terrorisme, particulièrement brûlante dans la zone frontalière du Sahel, Laurent Nuñez est venu discuter du trafic de stupéfiants et du sujet extrêmement sensible des réadmissions. L’Algérie avait en effet suspendu depuis plusieurs mois l’accueil de ses ressortissants en situation irrégulière expulsés de France, un point de friction que Paris espère voir évoluer grâce à ce nouveau climat de confiance.
Enfin, la dimension des droits et de la justice n’a pas été occultée. Le ministre français a profité de ces échanges de haut niveau pour évoquer le cas de Christophe Gleizes. Ce journaliste sportif français purge actuellement une peine de sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », une sentence confirmée en appel en décembre dernier. En abordant ce dossier parallèlement aux grandes questions régaliennes, Laurent Nuñez illustre la complexité d’une relation bilatérale où les enjeux humains et politiques sont étroitement imbriqués. Ce déplacement à Alger semble ainsi poser les jalons d’un partenariat pragmatique, où la sécurité commune devient le moteur principal du rapprochement entre les deux nations.