Le sujet des harkis demeure l’un des plus sensibles dans les relations entre la France et l’Algérie. Ces anciens supplétifs de l’armée française, enrôlés pendant la guerre d’Algérie, ont longtemps été les grands oubliés de l’Histoire. Considérés comme des traîtres en Algérie et souvent abandonnés à leur sort en France, beaucoup d’entre eux ont vécu des décennies dans des conditions précaires. Aujourd’hui, une nouvelle page s’écrit avec un geste inattendu de l’État français : une revalorisation conséquente des indemnisations pour ceux ayant séjourné dans des camps d’accueil.
Depuis la promulgation d’un décret en 2022, les harkis d’Algérie ayant transité par certains camps en France voient leurs indemnités revues à la hausse. Jusqu’à présent, les compensations financières restaient modestes, loin de répondre aux attentes des familles concernées. Mais sous l’impulsion de plusieurs organisations et après une bataille judiciaire de longue haleine, un revirement a eu lieu. Désormais, l’indemnisation passe de 1 000 à 4 000 euros par année passée dans un camp, une décision qui fait suite à une condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH).
Parmi les figures emblématiques de cette lutte pour la reconnaissance, Charles Tamazount se distingue. Né en 1974 dans le camp de Bias, en Lot-et-Garonne, il a consacré une grande partie de sa vie à obtenir justice pour les siens. À la tête du comité Harkis et Vérité, il a multiplié les actions en justice et interpellé les autorités sur les conditions de vie déplorables dans lesquelles ces familles ont été placées après leur arrivée en France.
« C’est le combat d’une vie », confie-t-il avec émotion à France Ouest. « On a toujours eu l’impression d’être des oubliés, des citoyens de seconde zone. Aujourd’hui, on nous reconnaît enfin un droit, mais ce n’est qu’une étape. »
La question des réparations a longtemps été un sujet tabou. En 2018, le Conseil d’État français a certes reconnu la responsabilité de l’État dans les traitements infligés aux harkis après la guerre, mais les indemnisations accordées à l’époque étaient jugées dérisoires. Il aura fallu que la CEDH tranche en faveur des plaignants pour que la France soit contrainte de revoir sa copie.
« La France a été condamnée pour traitements inhumains et dégradants », rappelle Tamazount. « Mais ce qui comptait, ce n’était pas juste d’obtenir un jugement, c’était que justice soit rendue de manière concrète. Avec cette nouvelle indemnisation, on commence enfin à voir un changement. »
Le décret ne concerne pas uniquement les anciens habitants du camp de Bias. D’autres camps tristement célèbres, comme celui de Saint-Maurice l’Ardoise dans le Gard, sont également intégrés à cette revalorisation. Ces lieux, qui devaient initialement servir de transition pour ces familles déracinées, se sont vite transformés en véritables ghettos, isolés du reste de la population française.
« On vivait dans des baraquements insalubres, sans eau courante ni électricité », se souvient un ancien résident, aujourd’hui septuagénaire. « Nos parents avaient tout perdu et, au lieu de nous offrir une nouvelle chance, on nous a enfermés dans ces camps. »
Pour de nombreux harkis et leurs descendants, cette indemnisation est perçue comme une reconnaissance tardive, mais nécessaire. Beaucoup estiment cependant qu’il reste encore du chemin à parcourir. « L’argent ne remplacera jamais les souffrances endurées », explique un membre de l’Association de Défense des Harkis. « Mais c’est un premier pas, et on espère que cela ouvrira la porte à d’autres mesures, notamment en matière de reconnaissance officielle. »
En France, malgré les différentes lois adoptées depuis les années 2000 pour mieux intégrer les harkis d’Algérie et leurs descendants, beaucoup dénoncent encore des discriminations et un manque de reconnaissance dans la société. « Nous avons grandi avec le poids de cette histoire », témoigne un fils de harki. « Nos parents ont été humiliés, abandonnés, et même aujourd’hui, on doit encore se battre pour être traités comme les autres. »
Ce geste de la France envers les harkis marque donc une avancée symbolique et financière. Mais pour ceux qui portent encore les stigmates de cet exil forcé, il reste une attente : celle d’une reconnaissance totale et d’une réhabilitation complète dans l’histoire de France.
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