L’Algérie semble amorcer un tournant historique dans sa politique linguistique en délaissant progressivement le français au profit de la langue anglaise. Ce choix, loin d’être anodin, s’inscrit dans une dynamique de redéfinition des relations du pays avec ses partenaires internationaux, notamment la France et le Royaume-Uni. Depuis plusieurs années, les autorités algériennes affichent une volonté claire de diversifier les langues d’enseignement et d’administration, avec l’anglais en ligne de mire comme nouvel outil de communication et d’ouverture sur le monde.
Le projet de développement de l’anglais en Algérie n’est pas nouveau, mais il a connu une accélération significative ces dernières années. En 2022, l’anglais a été introduit dans l’enseignement primaire, marquant un premier pas concret vers cette transition. Un an plus tard, en 2023, le gouvernement a annoncé que les universités algériennes allaient progressivement adopter l’anglais comme langue d’enseignement dans plusieurs disciplines. Cette stratégie vise à offrir aux étudiants algériens une plus grande facilité d’accès à des opportunités académiques et professionnelles à l’international, notamment dans les pays anglophones.
Dans ce contexte, le Royaume-Uni a saisi l’opportunité pour renforcer son influence en Algérie. Lors d’une récente intervention, l’ambassadeur britannique à Alger a affirmé que son pays était prêt à accompagner l’Algérie dans cette transition linguistique. Le British Council, déjà présent en Algérie, a intensifié ses efforts en proposant des formations pour les enseignants, en favorisant les échanges universitaires et en mettant à disposition des ressources pédagogiques adaptées aux besoins des étudiants et professionnels algériens.
Ce rapprochement linguistique avec le Royaume-Uni s’inscrit également dans un climat diplomatique tendu entre l’Algérie et la France. Les relations entre les deux pays sont régulièrement marquées par des tensions, notamment sur des questions mémorielles et diplomatiques. La France, qui a longtemps joui d’une influence culturelle et linguistique prédominante en Algérie, voit aujourd’hui son rôle contesté. Le gouvernement algérien, dans une logique d’affirmation de souveraineté, semble déterminé à diversifier ses partenaires et à ne plus dépendre exclusivement de la langue française.
Si l’anglais devient une langue dominante en Algérie, en lieu et place du français, cela pourrait avoir des conséquences profondes sur le paysage linguistique du pays. Actuellement, la société algérienne est largement bilingue, avec une présence forte du français dans les sphères académiques, administratives et économiques en Algérie. Toutefois, de plus en plus de jeunes Algériens expriment un intérêt grandissant pour l’anglais, perçu comme un vecteur d’opportunités internationales.
Le Royaume-Uni, en facilitant cette transition, renforce son influence en Afrique du Nord et s’inscrit dans une compétition croissante entre grandes puissances pour le rayonnement culturel et éducatif. Ce mouvement pourrait ainsi ouvrir la voie à un nouveau chapitre des relations entre Alger et Londres, tout en redessinant les dynamiques régionales en matière de coopération linguistique et éducative. Il reste à voir si cette stratégie portera ses fruits et si l’anglais pourra s’imposer durablement en Algérie au détriment du français.
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