En Algérie, l’actualité autour de l’allocation chômage, communément appelée Minha, suscite de vives réactions parmi les bénéficiaires. À l’heure où l’État s’emploie à rationaliser ses politiques sociales, l’Agence nationale de l’emploi (ANEM) a lancé un audit à grande échelle visant à passer au crible les dossiers des allocataires. L’opération consiste à recouper les informations personnelles des bénéficiaires avec les bases de données du registre national automatisé de l’état civil ainsi qu’avec celles des caisses nationales de sécurité sociale et de retraite. Objectif affiché : vérifier l’éligibilité réelle de chaque demandeur afin d’éviter que des aides ne soient versées à tort.
Ce durcissement de l’allocation chômage en Algérie intervient dans un contexte de contrôle renforcé des dépenses publiques, et la communication du ministère du Travail se veut pédagogique, tout en rappelant les sanctions encourues. Ainsi, toute personne ayant bénéficié indûment de la Minha devra rembourser les montants perçus, conformément au décret exécutif n° 22-70 du 10 février 2022, modifié et complété. Une mesure qui inquiète de nombreux allocataires, parfois mal informés sur les conditions exactes d’accès ou de maintien de cette aide.
Parallèlement à ces contrôles, les autorités ont lancé une campagne de sensibilisation afin de rassurer et guider les bénéficiaires dans cette période de transition. L’État insiste : l’interruption du versement de l’allocation ne signifie pas une exclusion du marché du travail. Les demandeurs restent pleinement éligibles aux offres d’emploi et aux mécanismes d’insertion professionnelle proposés par l’ANEM.
Interrogé à l’Assemblée nationale sur l’impact de l’allocation chômage sur le taux de chômage en 2024 en Algérie, le ministre du Travail, Fayçal Taleb, a rappelé que la mesure de ce taux obéit à des standards internationaux. Il s’est appuyé sur les définitions du Bureau international du travail (BIT), selon lesquelles est considérée comme chômeuse toute personne âgée de 15 ans ou plus, n’ayant pas travaillé durant une semaine de référence, disponible pour travailler dans les deux semaines suivantes, et ayant effectué des démarches actives de recherche d’emploi au cours des quatre dernières semaines ou disposant d’une promesse d’embauche à court terme.
Sur cette base, l’Office national des statistiques (ONS), seul organe habilité à publier les chiffres du chômage, réalise régulièrement des enquêtes nationales. Ces études permettent d’observer l’évolution du marché du travail, d’évaluer le profil des demandeurs d’emploi, et de calculer des indicateurs fiables, intégrant notamment l’effet des dispositifs sociaux tels que la Minha.
Instaurée pour soutenir les primo-demandeurs d’emploi, l’allocation Minha s’inscrit dans une logique d’accompagnement et de dynamisation du marché du travail. Depuis sa création, ce programme a permis à 71 423 personnes d’accéder à un emploi d’ici la fin 2024. En parallèle, de mars 2022 à décembre 2024, 462 073 bénéficiaires ont été orientés vers des centres de formation, avec un pic de 173 371 orientations enregistrées rien que pour les sessions de février et octobre 2024. Parmi ces bénéficiaires, 215 397 ont terminé leur formation, et 2 451 ont ensuite décroché un poste.
Pour mieux gérer ce dispositif complexe, l’ANEM a développé une plateforme numérique baptisée « Minha ». Celle-ci joue un rôle central dans le filtrage des candidatures, la vérification des conditions d’éligibilité et la transparence du suivi des dossiers. Elle permet également aux usagers de consulter directement les motifs d’une éventuelle suspension ou cessation de leur allocation, réduisant ainsi les zones d’ombre.
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Dans cette même logique de transparence et de rigueur, les services de l’ANEM croisent désormais systématiquement les données des allocataires avec celles des institutions concernées : registre de l’état civil, caisses de sécurité sociale pour salariés et non-salariés, et caisses de retraite. Cette démarche vise à préserver les ressources de l’État tout en maintenant un haut niveau de justice sociale.
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La suspension ou le retrait de l’allocation ne signe donc pas la fin du parcours d’un demandeur d’emploi. Le ministère du Travail réaffirme que ces derniers continueront à bénéficier de l’accompagnement institutionnel, notamment via l’orientation vers des postes correspondant à leurs qualifications. Mais pour continuer à profiter de ce soutien, les bénéficiaires sont désormais appelés à plus de rigueur, à conserver toutes leurs pièces justificatives, et à s’assurer qu’ils répondent en permanence aux critères en vigueur.
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Ce recentrage du dispositif Minha montre que l’État algérien entend conjuguer politique sociale et gestion responsable. Dans cette nouvelle phase, le mot d’ordre est clair : justice, efficacité, et transparence.