Les tribunaux algériens ont revu à la baisse plusieurs condamnations liées à la fraude à l’allocation touristique de 750 euros, prononcées en première instance à la fin de l’année 2025. Après une vague d’arrestations et des jugements jugés particulièrement sévères, les chambres pénales saisies en appel ont opté, dans de nombreux dossiers, pour un net allègement des peines.
Pour rappel, les faits remontent aux derniers mois de l’année écoulée, lorsque les autorités ont mis au jour plusieurs réseaux organisés autour du détournement du droit de change au taux officiel. L’allocation touristique de 750 euros, accordée aux voyageurs algériens dans un cadre réglementé, avait été exploitée par des intermédiaires peu scrupuleux. Ces derniers organisaient des déplacements vers des pays voisins, notamment la Tunisie, en utilisant de “faux touristes” ou en recrutant des personnes en situation de précarité pour bénéficier indûment de la devise.
L’affaire avait pris une ampleur considérable, conduisant à des interpellations massives et à l’ouverture de poursuites judiciaires dans plusieurs wilayas. En première instance, les tribunaux avaient prononcé des peines lourdes, souvent proches du maximum prévu par la loi. Plusieurs prévenus avaient écopé de peines de prison ferme, assorties d’amendes conséquentes, dans un contexte marqué par la volonté des pouvoirs publics de donner un signal fort face aux atteintes à la réglementation des changes.
Mais en appel, le ton a sensiblement changé. Selon des informations rapportées ce samedi 28 février par le quotidien El Khabar, de nombreuses condamnations ont été revues à la baisse. Les chambres pénales ont, dans plusieurs cas, réduit les peines à des sanctions minimales. Des peines de prison ferme ont ainsi été transformées en peines avec sursis, permettant à certains accusés, jusque-là incarcérés, de retrouver la liberté.
Cette évolution judiciaire ne signifie pas pour autant un abandon des poursuites. Lors des audiences en appel, les magistrats ont interrogé les prévenus sur les modalités précises de l’infraction, notamment sur la manière dont ils ont contourné les conditions d’éligibilité à l’allocation touristique. Il leur a également été demandé, dans plusieurs dossiers, de présenter des justificatifs attestant du remboursement des sommes perçues frauduleusement. Le remboursement des montants indûment obtenus a constitué un élément important dans l’appréciation des juges.
D’après les mêmes sources, les juridictions ont pris en considération la situation personnelle de nombreux accusés. Une partie des personnes impliquées seraient de simples citoyens, parfois au chômage ou en situation de vulnérabilité, qui auraient été instrumentalisés par des organisateurs mieux structurés. Ces derniers profitaient de leur méconnaissance des risques juridiques ou de leur besoin d’argent pour monter des opérations collectives visant à capter les devises au taux officiel.
Dans cette optique, l’allègement des peines apparaît comme une forme de distinction entre les exécutants et les véritables instigateurs des réseaux. Les juges ont, semble-t-il, estimé que tous les dossiers ne présentaient pas le même degré de gravité ni la même intention frauduleuse.
Cependant, cet assouplissement ne concerne pas l’ensemble des mis en cause. Certains profils restent exclus de toute clémence. Il s’agit notamment des individus identifiés comme organisateurs principaux, ceux qui mettaient en place des opérations collectives structurées, recrutaient des chômeurs et coordonnaient les déplacements dans le but de maximiser les gains liés au change. Pour ces personnes, les juridictions ont maintenu des peines plus sévères, considérant leur rôle central dans la fraude.
Les cas impliquant des passages de frontières sans contrôle officiel du passeport ne bénéficient pas non plus d’un traitement allégé. Les infractions liées à la sécurité et au franchissement irrégulier des frontières sont considérées comme particulièrement graves. Les auteurs de ces faits demeurent exposés à des sanctions lourdes, indépendamment de la question de l’allocation touristique.
Cette affaire a également eu des répercussions sur le plan réglementaire. Face au nombre élevé d’infractions constatées, les autorités ont renforcé les contrôles et durci les conditions d’octroi de l’allocation de voyage. La Banque d’Algérie a introduit des mesures plus strictes afin de limiter les abus, notamment en matière de justificatifs et de suivi des opérations de change. L’objectif affiché est de préserver les réserves en devises et d’assurer que le dispositif bénéficie réellement aux voyageurs respectant les règles.
L’allocation touristique de 750 euros, destinée à faciliter les déplacements à l’étranger dans un cadre légal, s’est retrouvée au cœur d’un système parallèle où certains tentaient de tirer profit de l’écart entre le taux officiel et le marché informel. L’intervention des autorités judiciaires et monétaires s’inscrit dans une volonté plus large de lutter contre les pratiques spéculatives et les détournements de devises.