Après la diffusion massive sur les réseaux sociaux de photos montrant un poisson jugé « inhabituel » au large des côtes d’Algérie, le Centre national de recherche et de développement de la pêche et de l’aquaculture (CNRDPA), basé à Bou Ismaïl, est intervenu pour clarifier la situation et identifier formellement l’espèce concernée.
Tout est parti du signalement effectué par un technicien supérieur du centre, qui a observé au niveau d’El Kala de petits poissons pélagiques ressemblant à la sardine mais présentant des caractéristiques légèrement différentes. Les spécimens ont été pêchés puis débarqués à Skikda avant d’être écoulés sur plusieurs marchés côtiers, notamment à El Kala. Le prix du kilogramme aurait atteint environ 800 dinars algériens, preuve d’un certain intérêt commercial immédiat.
Le 25 février, plusieurs publications sur les réseaux sociaux ont évoqué la capture de quantités importantes de ces poissons entre Skikda et Dellys, puis dans d’autres zones du littoral. Face à l’ampleur des interrogations, les chercheurs du centre ont procédé à une analyse approfondie à partir des clichés disponibles et d’échantillons transmis par des pêcheurs.
Après étude morphologique et examen d’un spécimen prélevé à Skikda le 26 février 2026, l’espèce a été identifiée comme Etrumeus golanii. Il s’agit d’un poisson appartenant à l’ordre des Clupeiformes, proche des harengs côtiers, originaire de l’ouest de l’océan Indien et de la mer Rouge.
Selon les précisions du centre, cette espèce a pénétré en mer Méditerranée par le canal de Suez, dans le cadre du phénomène bien connu des migrations dites « lessepsiennes ». Signalée pour la première fois en Méditerranée orientale au large du Liban en 1931, elle a progressivement étendu son aire de répartition vers l’ouest, jusqu’à atteindre le détroit de Gibraltar en 2018. Sa présence s’explique notamment par sa grande capacité d’adaptation, un cycle de reproduction long, des périodes de recrutement fréquentes et des conditions environnementales favorables, notamment en matière de température et de dynamique des eaux.
En Algérie, ce type de poisson avait déjà été signalée en février 2017 au large de Cherchell par des universitaires, après la capture de quelques individus à une profondeur d’environ 30 mètres par un sardiner. L’observation actuelle confirme donc son installation progressive le long du littoral national.
Le centre tient toutefois à rassurer l’opinion publique. À ce stade, Etrumeus golanii ne présente aucun impact négatif avéré ni sur les pêcheries locales ni sur la santé humaine. Dans certaines zones de la Méditerranée orientale, cette espèce constitue même une ressource halieutique d’intérêt commercial.
Les spécialistes soulignent néanmoins l’importance de renforcer le suivi scientifique. Il est jugé nécessaire de collecter des données précises sur les volumes de capture, de multiplier les campagnes d’échantillonnage et d’organiser des sorties en mer pour analyser sa répartition, son écologie, sa biologie et ses perspectives d’exploitation durable.
Dans ce cadre, les équipes de recherche spécialisées dans les poissons pélagiques, notamment le programme ECOPEL, ont d’ores et déjà entamé des travaux de terrain afin de mieux comprendre la dynamique d’implantation de cette espèce et d’anticiper ses éventuelles conséquences sur les équilibres marins nationaux.