Après le discours de Tebboune, Retailleau fait du chantage à l’Algérie

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 Dans un contexte de tensions diplomatiques récurrentes entre Alger et Paris, le dernier discours du président algérien Abdelmadjid Tebboune a suscité une réaction tranchée de la part du ministre français de l’Intérieur, Bruno Retailleau. Lors d’une interview accordée à CNEWS, ce mardi, le ministre a adopté un ton menaçant, évoquant toujours « riposte graduée » face à ce qu’il considère comme une absence de coopération du régime algérien. « Soit le régime algérien accepte de libérer Boualem Sansal et accepte de récupérer ses ressortissants listés comme état dangereux, soit nous n’aurons pas d’autre choix que de monter dans les tours », a-t-il averti.

Face à cette posture de Retailleau, Abdelmadjid Tebboune a pourtant tenu, samedi 22 mars, un discours axé sur l’apaisement. Lors de son entretien périodique avec les médias, diffusé sur la chaîne nationale algérienne, il a affirmé que la crise entre les deux pays était « créée de toutes pièces » et a réitéré sa volonté de trouver une issue par le dialogue avec Emmanuel Macron. Détaillant sa vision, il a insisté sur le fait que « tous les problèmes » entre les deux pays devaient être réglés directement avec le président français ou par l’intermédiaire du ministre des Affaires étrangères Français, en évitant les intermédiaires qui, selon lui, alimentent un « brouhaha politique inutile ».

Cette tentative d’apaisement de Tebboune a toutefois été balayée par la sortie musclée de Bruno Retailleau, qui campe sur une ligne dure. Le ministre de l’Intérieur insiste sur la nécessité d’une action ferme contre l’Algérie, notamment sur la question des expulsions des Algériens en situation irrégulière en France. Un dossier hautement sensible que Paris et Alger ne parviennent pas à désamorcer depuis plusieurs mois.

Le président algérien a, pour sa part, dénoncé le climat politique français actuel, soulignant que « la France et l’Algérie sont deux Etats indépendants, avec deux présidents qui travaillent ensemble. Tout le reste ne nous concerne pas ». Une manière implicite de fustiger la surenchère de certains responsables français sur le dossier migratoire, dans un contexte pré-électoral en France. Il a également rappelé que « l’Algérie ne cédera à aucune pression extérieure » et que toute négociation devait se faire sur la base d’un respect mutuel.

Un autre point de discorde récent a été évoqué par Tebboune : les visites controversées de hauts responsables français dans les territoires sahraouis occupés. Rachida Dati et Gérard Larcher, respectivement ministre de la Culture et président du Sénat français, se sont rendus dans ces zones administrées par le Maroc, suscitant l’indignation en Algérie. Tebboune a cependant adopté un ton mesuré, affirmant que ces visites n’étaient pas perçues comme une provocation directe, mais que leur caractère « ostentatoire » posait problème.

Le président algérien a également abordé la question de la mémoire et des relations historiques entre les deux pays, rappelant les figures françaises qui ont soutenu la cause algérienne, notamment Josette Audin, Henri Maillot, Jean-Paul Sartre ou encore Gisèle Halimi. En soulignant que « il y a des Français qui nous aiment et qui nous ont aidés », il a tenté de replacer la relation franco-algérienne sous un angle plus positif.

Malgré cet appel à la réconciliation, la position ferme de Retailleau laisse planer des incertitudes sur l’évolution de la situation. La crainte d’une nouvelle détérioration des relations entre Alger et Paris est bien présente, surtout si la « riposte graduée » évoquée par le ministre français venait à se concrétiser. Pour l’instant, le président Emmanuel Macron n’a pas réagi officiellement aux propos de son ministre de l’Intérieur, mais le sujet risque d’être abordé lors des prochaines rencontres diplomatiques entre les deux pays.

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