Le président de l’Assemblée populaire nationale (APN) a franchi une étape majeure dans le processus de reconnaissance des crimes coloniaux en procédant à l’installation d’une commission spéciale chargée d’élaborer une proposition de loi visant à criminaliser le colonialisme. Cette commission, composée de représentants de divers groupes parlementaires, s’appuiera sur l’expertise de spécialistes en histoire et en droit afin de garantir une approche rigoureuse et documentée des faits ayant marqué la colonisation de l’Algérie par la France entre 1830 et 1962.
Lors de cette cérémonie, le président de l’APN, Ibrahim Boughali, a rendu hommage aux martyrs de la Révolution, citant en particulier Ali Boumendjel, avocat et militant politique, dont l’assassinat par les forces coloniales avait été dissimulé sous la fausse version d’un suicide. Ce n’est qu’en mars 2021 que la France a officiellement reconnu que Boumendjel avait été torturé et exécuté. Le cas de ce martyr s’inscrit dans une longue liste de crimes perpétrés par le régime colonial, privant ainsi des milliers de familles algériennes du droit d’enterrer dignement leurs proches.
Boughali a souligné que ces crimes, loin d’être des faits isolés, témoignent d’une politique de répression systématique menée par la puissance coloniale pour tenter d’étouffer les aspirations légitimes du peuple algérien à l’indépendance. Il a rappelé plusieurs événements marquants, notamment les enfumades de Dahra en 1845, les massacres de Laghouat en 1852 où des armes chimiques avaient été utilisées, les tueries du 8 mai 1945, les essais nucléaires dans le Sud algérien, ainsi que le minage des frontières et la mise en place de camps de concentration. Selon lui, ces actes relèvent de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, et leur reconnaissance est une nécessité historique.
Le président de l’APN a tenu à préciser que la démarche engagée ne vise pas à exercer une pression diplomatique, mais à rendre justice aux victimes et à préserver la mémoire nationale. Il a insisté sur le fait que le dossier de la mémoire ne peut être relégué au second plan ni faire l’objet de négociations. Pour lui, il s’agit d’un devoir moral et historique envers les générations présentes et futures, afin qu’elles puissent connaître la vérité et mesurer l’ampleur des sacrifices consentis pour la liberté de l’Algérie.
Par ailleurs, Boughali a rappelé que la question de la criminalisation du colonialisme avait déjà été abordée lors de précédentes législatures, avec plusieurs propositions de loi déposées à l’APN. Cependant, ces initiatives n’avaient pas abouti. Il a également mis en avant la reconnaissance, au niveau continental, des méfaits de la colonisation. En effet, lors de la 38e session de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, une résolution a été adoptée classant l’esclavage, la déportation et le colonialisme comme des crimes contre l’humanité et des actes de génocide contre les peuples africains.
Colonisation de la France : ce que demande l’Algérie
Dans un contexte mondial où les questions de mémoire et de justice historique revêtent une importance croissante, l’Algérie entend affirmer sa position en exigeant une reconnaissance officielle des exactions coloniales. La proposition de loi qui sera élaborée par la commission ad hoc s’inscrit dans cette dynamique et vise à renforcer le devoir de mémoire tout en posant les bases d’un cadre juridique clair condamnant les crimes coloniaux. L’objectif est d’ouvrir un débat sérieux et constructif, tant au niveau national qu’international, sur les conséquences de la colonisation et sur la nécessité d’en reconnaître pleinement les atrocités.
Enfin, Boughali a élargi son propos en évoquant la situation en Palestine, établissant un parallèle entre les souffrances des Algériens sous le joug colonial et celles endurées aujourd’hui par le peuple palestinien. Il a dénoncé les violations continues des droits de l’homme dans les territoires occupés et a insisté sur la nécessité de poursuivre la lutte contre toute forme d’oppression et d’injustice.
Avec cette initiative législative relative à la criminalisation de la colonisation de la France, l’Algérie franchit un cap décisif dans sa quête de justice historique et de reconnaissance des souffrances de son peuple. La commission mise en place aura la lourde responsabilité d’établir un texte de loi à la hauteur des enjeux mémoriels et juridiques, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle ère dans la préservation et la transmission de l’histoire nationale.
Lire également :
Air Algérie, enseignants, bétail, drogue, criquets : les décisions du conseil des ministres
Aéroport d’Alger : un père de famille condamné pour « une bague de 5 millions »
Aïd El-Fitr 2025, promotion de 40% : Air Algérie dévoile tous les détails