Après une fin d’année 2025 marquée par un net repli, le marché parallèle des devises en Algérie connaît un retournement de situation notable dès les premiers jours de janvier 2026. Depuis le samedi 3 janvier, les principales monnaies étrangères échangées hors circuit officiel ont renoué avec la hausse, mettant fin à une période de relative accalmie observée durant les dernières semaines de décembre. Cette évolution attire particulièrement l’attention sur l’euro, dont la valeur face au dinar algérien a de nouveau franchi un seuil symbolique.
Ce mercredi 7 janvier, la monnaie unique européenne a officiellement repassé la barre des 280 dinars sur le marché noir. Au Square Port-Saïd d’Alger, principal point de référence du change parallèle dans le pays, les cambistes proposaient l’euro à 278 dinars à l’achat et 281 dinars à la vente. Cette progression marque une rupture nette avec la tendance baissière enregistrée en fin d’année, période durant laquelle l’euro avait perdu une partie significative de sa valeur face à la monnaie nationale.
Pour mesurer l’ampleur de cette évolution, il suffit de se référer aux chiffres du début de l’année précédente. Le 1ᵉʳ janvier 2025, un euro s’échangeait au Square Port-Saïd contre environ 248 dinars algériens. Le retour au-dessus des 280 dinars représente ainsi une hausse conséquente en l’espace de quelques jours, confirmant un regain de pression sur le dinar dans le circuit informel.
Le dollar américain suit une trajectoire similaire. Le billet vert s’échange ce mercredi à 235 dinars à l’achat et 238 dinars à la vente sur le marché parallèle. Là aussi, la tendance observée tranche avec le mouvement de décembre dernier, période durant laquelle le dollar avait connu une chute rapide avant de se stabiliser à des niveaux inférieurs. Cette reprise simultanée de l’euro et du dollar souligne un renversement global de la dynamique du marché noir des devises.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette nouvelle flambée. La hausse de la demande constitue l’une des hypothèses généralement avancées, notamment à l’approche de certaines échéances économiques et sociales qui stimulent les besoins en devises. Toutefois, il demeure difficile d’identifier avec précision l’élément déclencheur de cette pression soudaine. Comme souvent dans le marché parallèle algérien, la spéculation joue un rôle central et peut amplifier rapidement les variations, indépendamment des fondamentaux économiques immédiats.
Cette situation contraste fortement avec celle observée sur le marché officiel. Du côté des cotations fixées par la Banque d’Algérie, aucune variation notable n’a été enregistrée. Selon les derniers chiffres disponibles, l’euro est coté à 152,09 dinars algériens, tandis que le dollar s’établit à 129,57 dinars. Ces taux, en vigueur depuis le début de l’année, traduisent une stabilité apparente du dinar dans le cadre institutionnel, loin des fluctuations marquées du marché informel.
L’écart persistant entre les taux officiels et ceux pratiqués au Square Port-Saïd illustre une nouvelle fois la dualité du système de change en Algérie. Alors que la Banque d’Algérie maintient des cotations relativement constantes, le marché noir reste soumis à des variations rapides, influencées par les anticipations, la disponibilité de la devise et les comportements spéculatifs des acteurs informels.
La récente remontée de l’euro au-dessus des 280 dinars pourrait ainsi annoncer une période de volatilité accrue pour les semaines à venir. Elle rappelle également la sensibilité du marché parallèle aux moindres signaux économiques ou psychologiques, dans un contexte où la demande en devises demeure structurellement élevée. Pour l’heure, aucune indication officielle ne permet de prévoir l’évolution à court terme, mais le début de l’année 2026 confirme déjà que le marché noir des devises reste un baromètre instable, reflétant les tensions persistantes autour de la monnaie nationale.