Dinar : comment la Banque d’Algérie fixe le taux de change

dinar algérien

Le mode de fixation du taux de change du dinar algérien continue de susciter interrogations et débats. Contrairement aux économies où la valeur de la monnaie est déterminée principalement par l’offre et la demande sur un marché des changes ouvert, le système algérien repose sur une gestion centralisée. Un rapport publié en février 2026 par le Fonds monétaire international (FMI) apporte des précisions détaillées sur ce mécanisme.

D’après ce document, la valeur officielle du dinar n’est pas issue d’un marché libre et concurrentiel. Elle est arrêtée quotidiennement par la Banque d’Algérie, qui occupe une position centrale dans le circuit des devises. Les recettes en monnaies étrangères, notamment celles provenant des exportations d’hydrocarbures, doivent être cédées à la Banque centrale. Cette obligation confère à l’institution un rôle quasi exclusif dans l’approvisionnement du marché officiel en devises.

Une fois les devises collectées, la Banque d’Algérie les convertit en dinars selon un taux qu’elle détermine elle-même. Les banques commerciales s’alignent ensuite sur ce taux, en y appliquant une marge entre prix d’achat et prix de vente. Ce cours devient la référence pour les transactions formelles : opérations bancaires, importations réglementées, transactions administratives et bilans comptables.

Le FMI qualifie ce régime de « flottement géré ». Autrement dit, le dinar n’est pas strictement arrimé à une devise précise, mais il n’évolue pas non plus librement en fonction des forces du marché. La Banque centrale ajuste progressivement le taux officiel en tenant compte de plusieurs indicateurs économiques. L’objectif est d’éviter des variations brusques qui pourraient déstabiliser les prix, les importations ou les anticipations des entreprises.

Parmi les paramètres surveillés figure l’inflation. Si les tensions inflationnistes s’accentuent, notamment en raison de la hausse des prix à l’importation, la Banque d’Algérie peut choisir d’apprécier nominalement le dinar afin de réduire le coût des biens importés. À l’inverse, elle peut laisser la monnaie se déprécier graduellement pour corriger certains déséquilibres extérieurs. Ces ajustements se veulent progressifs et encadrés, afin de maintenir une certaine stabilité macroéconomique.

Cependant, le rapport met également en lumière une réalité parallèle : l’existence d’un marché informel des devises. Sur ce marché, les taux pratiqués diffèrent du cours officiel. Cet écart peut influencer les décisions de certains acteurs économiques, notamment lorsqu’ils peinent à accéder aux devises via le circuit bancaire classique.

L’économiste Abdelrahmi Bessaha souligne que le taux officiel ne joue plus pleinement son rôle d’ancrage unique pour l’économie. Lorsque l’écart entre le taux officiel et celui pratiqué sur le marché parallèle devient significatif, certains opérateurs ajustent leurs calculs et leurs stratégies en fonction du taux informel. Cette dualité crée une dynamique complexe où coexistent deux références de valeur.

La Banque d’Algérie demeure ainsi l’acteur clé du système de change. Elle fixe quotidiennement le taux officiel et tente d’en contrôler l’évolution pour limiter la volatilité et contenir l’inflation. Mais la persistance d’un marché parallèle, ainsi que la perception d’un écart entre les deux sphères, constituent des défis structurels. Le rapport du FMI met en évidence cette tension permanente entre gestion administrative du taux de change et réalités économiques observées sur le terrain.