En réponse à Trump, l’Algérie décide de s’allier avec la Chine

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Dans un climat international tendu, marqué par des mesures protectionnistes accrues notamment de la part des États-Unis sous l’administration Trump, l’Algérie amorce un virage stratégique en s’ouvrant davantage à la Chine. Face à l’augmentation des droits de douane américains sur les produits algériens, passés brutalement de 19 % à 30 %, Alger répond par le renforcement d’une alliance solide avec Pékin. Cette nouvelle orientation prendra forme le 15 avril prochain, lors d’un événement d’envergure : le Forum algéro-chinois de l’investissement.

Cet événement qui regroupera l’Algérie et la Chine, placé sous l’égide de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement et en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères, s’annonce comme un jalon majeur dans les relations économiques entre les deux pays. Il réunira un large panel d’investisseurs algériens et chinois, déterminés à explorer ensemble des opportunités de coopération inédites. Au-delà des secteurs déjà consolidés tels que l’énergie ou les mines, le forum mettra résolument le cap sur des domaines innovants et stratégiques comme l’intelligence artificielle, les nouvelles technologies, la robotique, l’agriculture moderne, le tourisme, ainsi que l’industrie automobile, notamment électrique.

Jusqu’ici, les relations économiques entre l’Algérie et la Chine ont été particulièrement portées par les richesses naturelles algériennes, à l’image du projet colossal d’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet à Tindouf, mené en collaboration avec des entreprises chinoises. Ce projet est emblématique de la volonté algérienne de diversifier ses ressources hors hydrocarbures. De même, dans le domaine des infrastructures, la Chine joue un rôle prépondérant, avec des participations majeures dans des chantiers structurants comme le port de Hamdania à Cherchell – destiné à devenir le plus grand port commercial du continent africain – ou encore dans l’autoroute Est-Ouest, les logements, les routes et les aéroports. Une implication qui reflète la confiance durable de l’Algérie dans le savoir-faire chinois.

Mais cette fois, il s’agit d’amorcer une rupture avec les schémas classiques. L’objectif est d’ouvrir une ère nouvelle, fondée sur la créativité et la technologie. La Chine, forte de son statut de leader mondial en intelligence artificielle et en innovation technologique, est un partenaire de choix. Les discussions du forum porteront notamment sur l’exploitation des données massives, les systèmes intelligents et les applications robotiques, avec l’ambition de bâtir des projets communs concrets. Plusieurs universités algériennes ont déjà noué des liens avec leurs homologues chinoises pour initier des programmes de coopération scientifique et technique dans ce domaine.

L’agriculture représente également un levier essentiel dans cette nouvelle étape de coopération. Dotée de vastes étendues de terres agricoles inexploitées, l’Algérie souhaite miser sur des méthodes modernes de culture, comme l’irrigation au goutte-à-goutte et le suivi numérique des parcelles. La Chine, avec son expertise dans les technologies agricoles, pourrait accélérer cette transformation. Des accords ont d’ores et déjà été signés avec des provinces chinoises, notamment pour le développement de cultures de blé, de pommes de terre et de fruits secs, en réponse aux défis liés à la sécurité alimentaire.

Autre secteur en pleine émergence : l’agroalimentaire. Des collaborations ont été amorcées entre opérateurs chinois et algériens dans la transformation de produits agricoles, notamment la tomate, ainsi que la conservation et l’exportation de denrées locales. Cette dynamique laisse entrevoir un potentiel considérable pour étendre la coopération industrielle à des filières complètes.

Le tourisme figure lui aussi au centre de la stratégie. Grâce à son patrimoine naturel, historique et culturel, l’Algérie attire l’attention de plusieurs entreprises chinoises désireuses d’investir dans le développement d’hôtels, de complexes sahariens et de centres de formation en hôtellerie. Le Sud algérien, notamment, représente une zone d’investissement à fort potentiel encore peu exploitée.

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Enfin, l’industrie mécanique, en particulier la fabrication de véhicules et de pièces détachées, suscite un intérêt croissant de la part des constructeurs chinois. Des géants comme Chery, Geely, BAIC ou Great Wall Motors ont manifesté leur volonté de s’implanter en Algérie. À travers des projets d’assemblage de véhicules, ces groupes envisagent à terme une production locale à part entière, avec transferts de technologie et perspective d’exportation de voitures électriques vers l’Afrique et l’Europe. Une ambition portée par la position géographique stratégique de l’Algérie, à la croisée de ces deux continents.

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Pour réussir ce tournant, la nouvelle phase de partenariat devra reposer sur des fondations économiques solides, tournées vers les secteurs créateurs de valeur et générateurs d’emploi. Dans un monde où les équilibres commerciaux sont remis en question par des politiques protectionnistes, le choix de maîtriser la technologie et de renforcer les capacités de production devient une nécessité vitale.

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La diversification des exportations hors hydrocarbures devient ainsi un axe prioritaire, dans l’optique d’une relance économique durable. La Chine, aujourd’hui premier partenaire commercial de l’Algérie, avec un volume annuel d’échanges dépassant les 9 milliards de dollars – soit plus de 16,5 % du total des importations algériennes – est appelée à jouer un rôle central dans cette transformation. Le forum du 15 avril n’en sera que le point de départ.