Maghreb Actualité – Le Maroc a annoncé, le 10 décembre dernier, la normalisation de ses relations avec Israël. Cette normalisation a de nouveau exacerbé les tensions avec l’Algérie, qui a toujours refusé de reconnaître l’État d’Israël. Sarah Yerkes, experte en géopolitique et membre du programme de la Fondation Carnegie pour la paix au Moyen-Orient, a accepté de répondre aux questions de Dnalgerie sur ce sujet. 

Dnalgerie : Quel impact pourrait avoir la normalisation des relations marroco-israeliennes sur les relations avec l’Algérie ?.

Sarah Yerkes : Je pense que la normalisation des relations ne changera pas radicalement les relations entre le Maroc et l’Algérie ou les relations entre Israël et l’Algérie. Toutefois, la normalisation n’aide pas les relations entre les deux pays. Par contre, le réchauffement des relations entre Israël et le Maroc sera un autre facteur de division avec l’Algérie. De plus, je pense que cette normalisation aura un impact sur les relations entre l’Algérie et les États-Unis, parce que les USA, ou du moins l’administration Trump, n’est pas restée neutre sur le conflit au Sahara Occidental en prenant le parti du Maroc.

Sur le plan maghrébin et plus généralement dans la région MENA, pensez-vous que l’Algérie pourrait se retrouver isolée avec la récente vague de normalisation avec Israël ?.

Non, je pense qu’au Maghreb, le Maroc sera le seul pays à normaliser ses relations avec Israël. La Tunisie a clairement indiqué qu’elle ne suivrait pas cette voie pour le moment, et je ne pense pas que la Libye soit en train de discuter cette question.

« Une normalisation entre l’Algérie et Israël reste possible »

Toujours en ce qui concerne la récente vague de normalisation, pensez-vous qu’elle pourrait mener, à terme, vers l’établissement de relations entre l’Algérie et Israël ?

C’est possible, mais ce n’est pas probable. Je m’attends à ce que l’administration Biden ne priorise pas les relations entre les pays Arabes et Israël. Au Moyen-Orient, elle se concentrera sur l’Iran pendant les premiers mois, mais pas sur la question de la paix israélo-palestinienne.

Vous avez récemment déclaré que l’administration Biden pourrait revenir sur la reconnaissance de la souveraineté marocaine au Sahara Occidental par Donald Trump. Quel impact pourrait avoir une décision contraire ? À la fois sur les relations entre l’Algérie et les USA et sur les relations entre l’Algérie et le Maroc.

Je pense que le fait que l’administration Biden campe sur la position de Trump reste possible, mais pas déterminé. Par contre, le fait de revenir sur la déclaration du président sortant pourrait aider à améliorer les relations entre l’Algérie et les USA et remettre les États-Unis dans une position de neutralité dans ce conflit.

La récente escalade au Sahara Occidental a exacerbé les tensions entre l’Algérie et le Maroc. Pensez-vous que cela pourrait déboucher sur un affrontement d’un nouveau genre entre les deux pays ?

C’est possible, mais je ne pense pas qu’un conflit armé soit probable. Le gouvernement marocain et le gouvernement algérien ne veulent pas d’un conflit armé, pas plus que les Nations Unies. Donc ils essaieront d’éviter un affrontement de ce type.

Propos recueillis par Slimane Akli

Lire également : Algérie : une députée propose de criminaliser « l’incitation à la normalisation avec Israël »