L’Algérie accélère sa transition vers une économie moins dépendante du cash. À travers une nouvelle instruction fiscale, les autorités confirment leur volonté de généraliser l’usage du paiement électronique, en misant cette fois sur une stratégie progressive et incitative plutôt que contraignante.
Depuis plusieurs années, la question de la digitalisation des paiements est au cœur des réformes économiques. Mais cette fois, le cap est clair : réduire significativement la circulation de l’argent liquide et intégrer davantage les transactions dans les circuits bancaires officiels. Une transformation qui s’inscrit dans une logique de modernisation, mais aussi de transparence financière.
Contrairement à certaines politiques adoptées ailleurs, qui imposent directement des restrictions aux consommateurs, l’approche algérienne repose sur un levier indirect. Ce sont les banques commerciales et Algérie Poste qui se retrouvent en première ligne. Leur rôle est central : elles prennent en charge les commissions liées aux paiements électroniques, rendant ainsi ces transactions plus accessibles pour les citoyens comme pour les commerçants.
Ce mécanisme change concrètement la donne. En supprimant ou en réduisant les frais habituellement associés aux paiements par carte ou via des terminaux électroniques, les autorités espèrent lever l’un des principaux freins à leur adoption. Pour de nombreux petits commerçants, ces coûts représentaient jusqu’ici un obstacle réel. Désormais, l’incitation est claire : passer au numérique devient financièrement avantageux.
En contrepartie de cet effort, les établissements financiers bénéficient d’un avantage fiscal non négligeable. La mesure prévoit en effet une réduction de la base imposable de l’impôt sur les bénéfices des sociétés. Autrement dit, l’État compense indirectement les coûts supportés par les banques et les encourage à promouvoir activement les moyens de paiement électroniques.
Cette logique gagnant-gagnant traduit une stratégie bien pensée. D’un côté, les institutions financières sont incitées à investir dans les infrastructures numériques et à développer leurs services. De l’autre, les utilisateurs finaux profitent d’un accès simplifié et moins coûteux aux outils de paiement modernes.
Cette orientation n’est pas totalement nouvelle. Elle s’inscrit dans la continuité des mesures introduites en 2025, mais avec une volonté affirmée de les inscrire dans la durée. La Direction générale des impôts a ainsi confirmé, dans une instruction datée du 4 mars 2026, la prolongation de ce dispositif sans modification majeure.
La principale évolution réside justement dans le calendrier. Initialement limitée, la mesure est désormais étendue jusqu’au 31 décembre 2026. Un choix qui n’est pas anodin. Il traduit la volonté des pouvoirs publics de laisser le temps nécessaire à une adoption progressive, sans brusquer les habitudes d’une population encore largement attachée au cash.
Car le défi est de taille. En Algérie, l’argent liquide reste dominant dans les échanges du quotidien. Que ce soit dans les marchés, les petits commerces ou même certaines transactions importantes, le cash continue de régner. Changer ces pratiques nécessite du temps, mais aussi de la confiance.
C’est précisément là que réside l’enjeu de cette réforme. En facilitant l’accès aux paiements électroniques et en réduisant les coûts, l’État cherche à instaurer un climat favorable à cette transition. L’objectif n’est pas seulement technologique : il est aussi culturel.
Au-delà des aspects pratiques, cette évolution pourrait avoir des répercussions profondes sur l’économie nationale. Une meilleure traçabilité des transactions permettrait notamment de lutter plus efficacement contre l’informel, d’élargir l’assiette fiscale et de renforcer la transparence financière.
En parallèle, cette digitalisation ouvre la voie à de nouveaux usages. Paiement sans contact, commerce en ligne, services bancaires à distance… autant d’outils qui pourraient transformer progressivement le quotidien des Algériens.
Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits. Si les incitations semblent pertinentes, leur succès dépendra de plusieurs facteurs : la qualité des infrastructures, la fiabilité des systèmes, mais aussi la confiance des utilisateurs.
Une chose est sûre : avec cette nouvelle impulsion, l’Algérie confirme son ambition de tourner la page du tout-cash. Et même si la transition prendra du temps, le mouvement est désormais bien engagé.