La députée écologiste Sabrina Sebaihi, vice-présidente du groupe d’amitié France-Algérie à l’Assemblée nationale, était l’invitée de Tristan Waleckx dans Complément d’enquête ce vendredi 23 janvier 2026, à la suite de la diffusion la veille du numéro intitulé « Rumeurs et coups tordus : la guerre secrète France-Algérie ». Se revendiquant autant française qu’algérienne, elle est revenue sur sa vision des relations entre les deux pays et sur le traitement médiatique de l’Algérie en France.
Interrogée sur les documents classifiés présentés dans le reportage, ainsi que sur le témoignage d’une élue locale affirmant que des élus d’origine algérienne seraient souvent contactés par les services algériens, Sabrina Sebaihi a affirmé n’avoir jamais été sollicitée par les services de renseignement algériens, ni lorsqu’elle était élue locale, ni depuis son entrée au Parlement. Elle a insisté sur le fait que, malgré la diffusion de ces documents, son expérience personnelle ne correspond pas à cette image d’ingérence.
La députée a également évoqué ses prises de position publiques, notamment à l’Assemblée nationale, où elle a dénoncé l’extrême droite française et l’algérophobie qu’elle observe dans certains médias et débats politiques. Elle a rappelé son histoire familiale, affirmant que son grand-père avait combattu pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale, tandis que certaines figures de l’extrême droite française entretenaient, selon elle, des alliances problématiques pendant cette période. Elle a questionné la légitimité morale de certains discours en s’appuyant sur cette mémoire historique, en insistant sur le contraste entre son engagement familial et celui des anciens militants d’extrême droite.
Sabrina Sebaihi a développé sa définition de l’algérophobie, qu’elle décrit comme une instrumentalisation de la question algérienne dans l’espace médiatique français. Selon elle, certains médias véhiculent en continu une image négative de l’Algérie et de ses citoyens, ce qui affecte la perception des personnes d’origine algérienne vivant en France. Elle a souligné que cette stigmatisation peut prendre des formes exagérées et blessantes, citant l’exemple d’affirmations selon lesquelles des millions d’Algériens seraient prêts à la violence en France, des propos qu’elle juge totalement infondés et offensants pour les citoyens concernés.
Elle a précisé qu’il est possible de critiquer l’Algérie de manière légitime, mais que le problème se situe dans la répétition et l’exagération des stéréotypes. Les personnes d’origine algérienne en France, selon elle, ressentent une pression et une violence symbolique constantes à travers certains discours publics et médiatiques, malgré leur contribution à la société française et leur respect des lois.
L’entretien a aussi permis à la députée d’aborder la perception que la société française a de l’Algérie et de ses ressortissants, ainsi que le rôle de la représentation politique dans la défense d’une image équilibrée. Elle a insisté sur la nécessité de distinguer les critiques légitimes des discours qui alimentent la peur et la haine, rappelant que son engagement consiste à promouvoir le dialogue et la compréhension entre les deux pays tout en dénonçant les stéréotypes et l’hostilité injustifiée.
Cette intervention s’inscrit dans le prolongement de la diffusion du reportage Complément d’enquête, qui a provoqué des réactions et débats sur la représentation médiatique de l’Algérie et l’image des Franco-Algériens dans les médias français. Sabrina Sebaihi a ainsi apporté un témoignage direct et personnel, soulignant les écarts entre certains récits médiatiques et la réalité vécue par les élus et citoyens concernés.