France : le président Tebboune refuse « en toute démocratie » de répondre

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Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a une nouvelle fois rencontré des représentants de la presse nationale dans le cadre d’une entrevue qui sera diffusée ce samedi soir sur la Télévision algérienne et la Radio nationale. Un rendez-vous médiatique attendu, au cours duquel le chef de l’État est revenu sur plusieurs dossiers majeurs touchant aussi bien à l’actualité nationale qu’aux relations extérieures de l’Algérie. 

Parmi les sujets abordés figure l’un des projets structurants les plus emblématiques du moment : la ligne ferroviaire minière reliant Gara Djebilet à Béchar via Tindouf, sur un tracé de près de 950 kilomètres. Inaugurée le dimanche 1er février, cette infrastructure stratégique a été qualifiée par Abdelmadjid Tebboune de « l’une des batailles menées par les grands hommes de ce pays ». Le président a insisté sur la portée historique de cette réalisation, la présentant comme « le début d’un projet national », appelé à transformer durablement l’économie et la souveraineté industrielle de l’Algérie.

L’entretien a également permis d’évoquer la révision technique de la Constitution, objet d’une conférence tenue le 24 janvier dernier. Sur ce point, le chef de l’État a reconnu sans détour que « il y a des dysfonctionnements dans l’application de la Constitution ». Une déclaration qui traduit la volonté affichée des autorités de corriger certaines lacunes institutionnelles et d’améliorer le fonctionnement des mécanismes juridiques de l’État.

Abdelmadjid Tebboune est aussi revenu sur la situation des Algériens établis à l’étranger, en particulier ceux confrontés à des difficultés administratives ou judiciaires. Il a rappelé que « tout Algérien qui vit à l’étranger et qui a fauté, ne doit pas refaire les mêmes erreurs (…) Il ne peut pas vivre à l’étranger sans l’aval des services de renseignement du pays d’accueil ». Une déclaration qui s’inscrit dans un discours plus large sur la responsabilité individuelle et le respect des lois des pays d’accueil.

Sur le plan social, le président a réaffirmé son attachement à la justice sociale, estimant que même « si seulement 20 familles sont privées de leur droit à l’aide sociale, cela serait une injustice ». Dans le même registre, il a annoncé qu’il n’y aurait pas d’instauration de points de péage sur les autoroutes, un sujet qui suscitait de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique.

Concernant la liberté de la presse, Abdelmadjid Tebboune a tenu à rappeler que les journalistes disposent d’une marge d’expression tant qu’ils s’appuient sur des dossiers étayés. Il a affirmé que les professionnels des médias peuvent publier « sans contrainte s’ils ont des dossiers, même lorsqu’ils impliquent les ministres », soulignant ainsi l’importance de la responsabilité et de la rigueur dans le travail journalistique.

Mais c’est surtout sur le terrain des relations internationales que l’une des séquences les plus marquantes de l’entretien s’est produite. Interrogé sur les relations de l’Algérie avec certains pays étrangers, le président a clairement refusé de répondre à une question portant sur la France. « Si vous permettez, en toute démocratie, je ne réponds pas en ce qui concerne la France », a-t-il déclaré au journaliste qui l’interpellait.

Cette réponse, brève mais lourde de sens, intervient dans un contexte diplomatique particulièrement tendu entre Alger et Paris. Les relations bilatérales ont en effet connu un nouveau coup de froid après la diffusion d’un documentaire par France 2 consacré à l’histoire et aux relations entre les deux pays, un programme qui a suscité de vives réactions côté algérien.

En revanche, Abdelmadjid Tebboune s’est montré beaucoup plus disert au sujet des relations avec les États-Unis. Il a affirmé être satisfait de la coopération entre Alger et Washington, soulignant que les Américains, eux aussi, « sont contents de notre relation ». Et de conclure avec une remarque qui n’est pas passée inaperçue : « C’est bizarre, avec les grands on s’entend ».

Par son refus assumé de s’exprimer sur la France, le président algérien envoie un signal politique fort, traduisant une volonté de maîtrise du discours diplomatique dans une période sensible, tout en mettant en avant d’autres partenariats jugés plus stables et équilibrés.