Présenté comme une aubaine pour les foyers modestes, le leasing social se révèle aujourd’hui, pour de nombreux bénéficiaires, y compris des Algériens de France, comme un piège dont les effets commencent seulement à se faire ressentir. De nombreuses personnes ont été séduites par la promesse de conduire un véhicule électrique neuf pour environ 100 euros par mois, mais derrière cette vitrine attrayante, les rouages du dispositif soulèvent de nombreuses inquiétudes, à la fois pour les utilisateurs et pour les acteurs du marché automobile.
Le dispositif de leasing social, relancé en 2025 après un premier succès en 2024, repose sur un montage financier complexe impliquant le gouvernement français, les constructeurs automobiles, les concessionnaires et les loueurs résidents en France, dont les Algériens. Grâce à des subventions publiques avoisinant 13 000 euros par véhicule, les marques partenaires ont pu proposer à la location des voitures électriques neuves à des tarifs très bas. Une aubaine pour des ménages à revenus limités, qui jusque-là n’avaient que très peu d’accès à une voiture neuve et encore moins à une voiture électrique. Le rêve semblait à portée de main, et des milliers de foyers ont sauté sur l’opportunité, y compris de nombreux Algériens vivant en France.
Mais les signaux d’alerte se multiplient. Plusieurs professionnels du secteur, dont Jean-Philippe Imparato de Stellantis ou encore Vincent Salimon de BMW-Mini, ont publiquement exprimé leurs doutes. Selon eux, les loyers mensuels sont artificiellement bas et déconnectés de la réalité du marché. Le leasing social, selon ces dirigeants, repose sur une valeur de reprise surestimée et sur une mécanique qui pourrait s’effondrer à l’échéance des contrats, lorsque les véhicules devront être restitués. Cette échéance, prévue en majorité pour début 2027, pourrait se transformer en moment critique pour les usagers.
Concrètement, les automobilistes qui ont profité de cette offre devront faire face à un dilemme : racheter leur véhicule à sa valeur résiduelle, souvent très élevée, ou le restituer à la fin du contrat. Dans ce dernier cas, l’inspection du véhicule pourrait déboucher sur des frais parfois colossaux. Les termes du contrat sont clairs : tout dommage ou usure excessive entraîne des pénalités financières. Un pare-brise fissuré, une jante rayée, une carrosserie griffée, autant de détails qui pourraient coûter plusieurs centaines voire milliers d’euros. Et c’est là que réside le piège inattendu pour de nombreux usagers, qui n’avaient pas anticipé ces frais cachés.
Pour les automobilistes issus de milieux modestes, dont une part significative de la diaspora algérienne en France, cette situation peut être catastrophique. Avoir pu bénéficier pendant trois ans d’un véhicule fiable et moderne, pour ensuite se retrouver à devoir payer des sommes imprévues ou même se retrouver sans voiture, est une perspective anxiogène. Certains professionnels vont jusqu’à parler d’une « boucherie sociale » à venir, évoquant un retour de manivelle brutal pour ceux qui avaient cru à un accès durable à la mobilité électrique.
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D’autant plus que la revente de ces véhicules en seconde main s’annonce elle aussi problématique. La masse de retours attendue début 2027 risque de saturer le marché de l’occasion, avec des voitures électriques dont la valeur aura baissé plus vite que prévu. Les concessionnaires, submergés par les stocks, pourraient être contraints de les revendre à perte, ou de les brader à des prix très inférieurs à ceux estimés dans les contrats de leasing. Une situation qui pourrait profiter à de nouveaux acheteurs, mais laisser les anciens locataires dans une impasse.
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À cela s’ajoute un autre facteur de frustration : une fois le contrat terminé, aucune garantie n’est donnée quant à la possibilité de renouveler l’offre ou d’en bénéficier à nouveau. Les ménages concernés, souvent peu informés des subtilités juridiques des contrats de LOA, pourraient se retrouver sans solution viable, contraints de revenir à un véhicule thermique d’occasion, voire sans véhicule du tout. Pour une partie d’entre eux, dont des Algériens résidant en banlieue ou en zone périurbaine mal desservie, cela reviendrait à perdre leur autonomie de déplacement, leur outil de travail ou leur moyen d’assurer la scolarité des enfants.
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En définitive, si le leasing social a permis à des milliers de personnes, y compris à des Algériens de France, de découvrir la voiture électrique, l’euphorie initiale cède désormais la place à une inquiétude grandissante. Le piège ne réside pas seulement dans les frais potentiels, mais aussi dans les conséquences sociales d’une politique trop vite encensée, pas assez encadrée. Derrière la promesse de mobilité durable et accessible, se cache peut-être un retour brutal à la réalité pour ceux qui avaient enfin cru décrocher le volant d’un avenir plus propre et plus juste.