France : un Algérien, auteur d’un acte héroïque, se retrouve sous OQTF

Algérien France OQTF vers l'Algérie

L’histoire de Yassine Ben Cheniti illustre avec une brutalité particulière les paradoxes de la politique migratoire française et la fragilité du destin de nombreux ressortissants étrangers, même lorsque leur parcours force le respect. En quelques années, cet Algérien de 43 ans est passé du statut de héros local à celui d’étranger indésirable, placé sous OQTF et sommé de quitter un pays dans lequel il a pourtant construit sa vie familiale et professionnelle.

Installé à Saint-Étienne depuis 2018, Yassine vit dans le quartier de Bellevue, où son nom reste associé à un acte de courage qui a marqué les esprits. En 2019, alors qu’il se trouvait en situation irrégulière, il n’a pas hésité à intervenir pour empêcher une femme de mettre fin à ses jours. Un geste spontané, risqué, qui lui a valu des blessures sérieuses au dos et au poignet, nécessitant une opération. À l’époque, les habitants du quartier et plusieurs associations locales saluent unanimement son courage, convaincus qu’un tel acte ouvrirait la voie à une reconnaissance officielle, voire à une régularisation.

Mais la réalité administrative s’est révélée bien plus cruelle, selon Le Parisien. Après cet épisode, Yassine n’a obtenu que des récépissés temporaires, délivrés entre 2021 et 2022, qui l’ont maintenu dans une zone grise juridique. Ni réellement régularisé, ni totalement expulsable, il vivait dans l’attente permanente d’une décision définitive. Cette instabilité a pris un tournant brutal lorsqu’il a reçu une première obligation de quitter le territoire français, assortie d’une interdiction de retour de six mois. Un choc pour cet homme qui, malgré les obstacles, continuait à croire à une issue favorable.

Deux ans plus tard, un nouveau courrier de la préfecture est venu confirmer cette OQTF, avant qu’un revirement inattendu ne ravive l’espoir. En juin 2024, l’administration annule la mesure et lui délivre un nouveau récépissé. Yassine reprend alors confiance, s’insère pleinement dans la vie économique et sociale. Il décroche d’abord un contrat à durée déterminée dans le transport, puis un CDI chez Amazon comme chauffeur-livreur. Un emploi stable, des horaires réguliers, une volonté claire de travailler et de subvenir aux besoins de sa famille.

Cet équilibre fragile vole pourtant en éclats en février 2025. Sans avertissement préalable, Yassine se voit notifier une nouvelle OQTF, cette fois accompagnée d’une interdiction de retour sur le territoire français d’un an. L’incompréhension est totale. Comment expliquer qu’un homme autorisé à travailler, à payer ses impôts et à contribuer à l’économie locale puisse, du jour au lendemain, être considéré comme expulsable ? La question hante aujourd’hui Yassine, qui dit ne plus savoir à quoi se fier.

Sa situation est d’autant plus sensible qu’il vit en France avec sa femme et leurs quatre enfants. Ces derniers sont scolarisés sur le territoire français et n’ont connu que cette réalité. Selon leur mère, Ouarda, ingénieure en informatique, les enfants ne parlent pas l’arabe et n’ont aucun repère en Algérie. Elle-même se retrouve bloquée, incapable de travailler faute de titre de séjour, malgré ses qualifications. La perspective d’un retour forcé en Algérie apparaît donc comme une rupture brutale, tant sur le plan humain que social.

Le dossier de Yassine est remonté jusqu’aux plus hautes sphères de l’État. Deux bénévoles de la Croix-Rouge, touchées par son parcours et son engagement, ont adressé une lettre au président Emmanuel Macron. Le ministre de l’Intérieur a, à son tour, saisi la préfète de la Loire. Pourtant, aucune procédure de régularisation n’a été engagée. L’administration campe sur sa position, estimant que plusieurs éléments s’opposent à la délivrance d’un titre de séjour.

Parmi les arguments avancés figure le fait que Yassine soit entré en France avec un visa Schengen délivré par l’Espagne, perçu comme un contournement des règles d’entrée sur le territoire français. Mais surtout, la préfecture met en avant l’existence de « liens personnels et culturels » avec l’Algérie, pays où il a vécu une grande partie de sa vie. Pour l’administration, ces attaches suffisent à justifier un retour. Une analyse que Yassine juge déconnectée de sa réalité actuelle.

Ironie du sort, cet homme a récemment reçu la médaille de bronze de la Croix-Rouge ainsi qu’un diplôme pour services rendus, reconnaissance officielle de son engagement humanitaire. Des distinctions qui contrastent violemment avec la décision administrative qui le frappe. Pour Yassine et ses proches, cette situation reflète un malaise plus large, nourri par un climat diplomatique tendu entre Paris et Alger, dont ils craignent de faire les frais.