Une affaire aussi spectaculaire qu’inquiétante secoue depuis quelques jours les milieux aéroportuaires et judiciaires en Algérie. Elle met en lumière un trafic d’une ampleur rare, impliquant le transfert clandestin de pas moins de 80 kilogrammes d’argent pur à bord d’un vol reliant la France à l’Algérie. Au-delà du chiffre impressionnant, c’est surtout le mode opératoire et le profil des personnes mises en cause qui interpellent.
Les faits remontent au mois de mai 2025, mais ce n’est que récemment que l’affaire a été portée devant la justice et révélée au grand public en Algérie. Ce jour-là, un passager en provenance de Marseille atterrit à l’aéroport Rabah Bitat d’Annaba. Rien ne le distingue des autres voyageurs, si ce n’est une valise qui aurait dû, en temps normal, attirer l’attention des services de contrôle. À l’intérieur, une cargaison d’une valeur considérable : environ 80 kilos d’argent pur, soigneusement dissimulés. C’est en effet ce que détaille le média local L’Est Républicain.
Ce qui choque particulièrement dans ce dossier, c’est que la valise n’a pas fait l’objet des vérifications réglementaires à l’arrivée. Selon les éléments de l’enquête, elle a quitté l’enceinte aéroportuaire sans passer par les circuits habituels de fouille, bénéficiant d’une aide interne. Les investigations ont rapidement révélé l’existence d’un réseau structuré, composé non seulement de passeurs, mais aussi d’agents censés garantir la sécurité et la légalité des opérations au sein de l’aéroport.
Alertée par des informations faisant état de mouvements suspects et d’un possible trafic de métaux précieux, la brigade de recherches de la Gendarmerie nationale d’Annaba a discrètement mis en place un dispositif de surveillance. Les enquêteurs ont suivi la trace des bagages sortis de manière irrégulière de l’aéroport, jusqu’à identifier un véhicule suspect. Celui-ci était conduit par un policier en civil, accompagné d’un individu présenté comme le commanditaire de l’opération.
L’interception du véhicule a marqué un tournant dans l’affaire. La fouille minutieuse effectuée par les gendarmes a permis de confirmer les soupçons : la valise contenait effectivement une quantité massive d’argent pur, destinée à être écoulée hors des circuits légaux. Cette découverte a ouvert la voie à une enquête approfondie, visant à identifier l’ensemble des personnes impliquées et à comprendre l’étendue du réseau.
Au fil des auditions et des analyses techniques, notamment l’exploitation des téléphones portables saisis et des images de vidéosurveillance de l’aéroport, les enquêteurs ont pu reconstituer le déroulement précis de l’opération. Les preuves ont mis en cause sept personnes au total, parmi lesquelles figurent trois cadres relevant des services des douanes, deux policiers, un intermédiaire chargé du passage de la marchandise et un commanditaire présenté comme le cerveau de l’affaire. Un profil qui illustre la complexité et la dangerosité de ce type de trafic, reposant sur des complicités internes.
L’affaire a d’abord été instruite au niveau du tribunal d’El Hadjar, avant d’être transférée au pôle judiciaire spécialisé de Constantine, en raison de la gravité des faits et de la nature organisée du trafic. Tous les suspects ont été placés en détention préventive à la maison d’arrêt de Laalalik, dans l’attente de leur jugement. Lors de l’audience tenue en fin de semaine dernière, le parquet a requis une peine lourde : douze années de prison ferme pour chacun des mis en cause.