Gâteaux de l’Aïd el-Fitr : alerte sur un ingrédient interdit en Europe

Aïd El-Fitr

À l’approche de l’Aïd el-Fitr, les vitrines des pâtisseries et les cuisines familiales en Algérie se remplissent de douceurs colorées et minutieusement décorées. Cette période de fête est traditionnellement marquée par la préparation de nombreux gâteaux destinés à accueillir les invités et à célébrer la fin du mois de jeûne. Mais derrière certaines décorations brillantes qui donnent aux pâtisseries leur aspect raffiné, des spécialistes attirent aujourd’hui l’attention sur la présence d’un additif controversé dont l’utilisation fait débat.

Ces dernières années, certaines décorations alimentaires utilisées dans la pâtisserie contiennent une substance connue sous le nom de dioxyde de titane. Ce composé chimique, identifié sur les étiquettes par les codes E171 ou SIN 171, est utilisé depuis longtemps dans l’industrie alimentaire pour améliorer l’apparence des produits. Il permet notamment d’obtenir un blanc très intense ou un effet nacré qui rend les glaçages et les décorations particulièrement attractifs.

Cependant, cet ingrédient ne fait plus l’unanimité. Plusieurs études scientifiques ont suscité des interrogations quant à ses effets potentiels sur la santé. Le dioxyde de titane est en effet soupçonné de présenter des propriétés génotoxiques, c’est-à-dire qu’il pourrait endommager l’ADN des cellules. Même si les recherches continuent d’évaluer précisément les risques, ces inquiétudes ont conduit certaines autorités sanitaires à adopter une approche de précaution.

C’est notamment le cas en Europe, où l’utilisation du dioxyde de titane dans l’alimentation a été interdite en 2021. Les régulateurs européens ont estimé que les données scientifiques disponibles ne permettaient plus de garantir totalement l’innocuité de cet additif lorsqu’il est consommé régulièrement. Cette décision a entraîné le retrait progressif du E171 dans de nombreux produits alimentaires commercialisés sur le marché européen.

En Algérie, la question suscite également l’attention d’associations spécialisées dans la protection des consommateurs. L’alerte a notamment été relayée par Organisation algérienne de protection et d’orientation du consommateur et son environnement, plus connue sous le nom d’APOCE. L’organisation met en garde contre l’utilisation de ce produit dans certaines préparations destinées à la consommation quotidienne, en particulier dans les décorations de pâtisseries.

Selon les spécialistes, ce type d’additif est souvent employé dans les poudres décoratives ou dans certains glaçages utilisés pour embellir les gâteaux. Son rôle n’est pas gustatif mais purement esthétique : il sert à donner un aspect brillant ou à accentuer la blancheur de certaines préparations sucrées. Cette dimension visuelle joue un rôle important dans la pâtisserie moderne, où l’apparence des desserts peut influencer fortement l’attrait des consommateurs.

Pourtant, les experts rappellent que l’esthétique alimentaire ne doit pas primer sur la sécurité sanitaire. Les évaluations scientifiques des additifs évoluent en permanence, à mesure que de nouvelles recherches permettent de mieux comprendre leurs effets sur l’organisme. Dans le cas du dioxyde de titane, certaines études ont mis en évidence la présence de nanoparticules capables de s’accumuler dans le corps, ce qui a contribué à alimenter les inquiétudes des autorités sanitaires.

Dans ce contexte, les associations de consommateurs invitent les citoyens à adopter quelques réflexes simples. Le premier consiste à lire attentivement les étiquettes des produits alimentaires, notamment lorsqu’il s’agit d’ingrédients destinés à la décoration des desserts. La présence des codes E171 ou SIN 171 permet d’identifier rapidement les produits contenant du dioxyde de titane.

La période précédant l’Aïd el-Fitr est particulièrement propice à ce type de vigilance, car la consommation de pâtisseries augmente fortement. De nombreuses familles préparent elles-mêmes leurs gâteaux, tandis que d’autres se tournent vers les pâtisseries artisanales ou les commerces spécialisés pour garnir leurs tables de fête.

Les spécialistes encouragent d’ailleurs un retour à des ingrédients plus simples et naturels pour décorer les desserts. Le sucre glace, les amandes moulues, les graines de sésame ou encore certaines décorations à base de miel peuvent parfaitement remplacer les poudres industrielles utilisées pour obtenir un effet brillant. Ces alternatives permettent de préserver l’authenticité de la pâtisserie traditionnelle tout en réduisant l’exposition à certains additifs.

Au-delà de la polémique autour du dioxyde de titane, cette situation rappelle l’importance de l’information et de la transparence dans le domaine alimentaire. Dans un marché où les produits transformés se multiplient, les consommateurs sont de plus en plus attentifs à la composition des aliments qu’ils consomment.

Les fêtes restent avant tout un moment de convivialité et de partage. Mais elles peuvent aussi être l’occasion de privilégier des pratiques culinaires plus naturelles, en mettant à l’honneur les recettes traditionnelles et les ingrédients simples qui ont longtemps fait la richesse de la gastronomie algérienne.