Gazoduc transsaharien : l’Algérie met fin au rêve du Maroc

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Le dossier du gazoduc transsaharien vient de franchir une étape décisive. Ce lundi 16 février, le président de la République Abdelmadjid Tebboune a annoncé, aux côtés de son homologue nigérien Abdourahmane Tiani, le lancement effectif du projet sur le territoire du Niger. Une décision attendue depuis des années, qui redonne un souffle concret à une initiative énergétique stratégique pour toute la région sahélienne.

L’annonce a été faite à Alger lors d’une conférence de presse conjointe organisée à l’occasion de la visite officielle du président nigérien. Les deux chefs d’État ont confirmé leur accord pour enclencher la phase de réalisation du gazoduc traversant le Niger, maillon essentiel de cette infrastructure appelée à relier les ressources gazières du Nigeria à l’Algérie, avant un acheminement vers l’Europe. Selon le président algérien, les procédures pratiques relatives à l’implantation du tracé sur le territoire nigérien débuteront immédiatement après le mois de Ramadan.

Au-delà de la dimension énergétique, la portée politique de cette annonce est significative. La visite d’Abdourahmane Tiani à Alger marque un réchauffement assumé des relations bilatérales. Le président Tebboune n’a pas caché sa satisfaction d’accueillir un « frère » et a insisté sur le caractère attendu de cette rencontre. Il a évoqué la fin d’une période qualifiée d’« anormale » dans les relations entre les deux États, tout en soulignant que les liens entre les peuples, eux, ne se sont jamais rompus. Le message est clair : le partenariat entre Alger et Niamey entre dans une nouvelle phase, plus pragmatique et tournée vers des projets structurants.

Le gazoduc transsaharien, évoqué depuis le début des années 2000, représente bien plus qu’un simple tube d’acier enfoui sous le sable. Il symbolise l’ambition d’une intégration énergétique africaine, capable de transformer les richesses naturelles en levier de développement. Pour le Niger, pays enclavé confronté à d’importants défis économiques et sécuritaires, le projet pourrait générer des retombées financières majeures, créer des emplois et renforcer les infrastructures nationales. Pour l’Algérie, il consolide son rôle de hub énergétique régional et de fournisseur stratégique vers l’Europe, dans un contexte international marqué par la recomposition des équilibres gaziers.

Lors de son intervention, Abdelmadjid Tebboune a également réaffirmé l’engagement de l’Algérie à accompagner le Niger dans différents domaines, au-delà du seul secteur énergétique. Il a insisté sur la solidarité historique entre les deux peuples, rappelant des liens forgés par la géographie, la culture et les échanges transsahariens anciens. Ce discours s’inscrit dans une vision plus large de coopération Sud-Sud, que l’Algérie met régulièrement en avant dans sa diplomatie régionale.

La question sécuritaire a également occupé une place importante dans les échanges. Le Sahel demeure confronté à des menaces persistantes liées au terrorisme et à l’instabilité. Les deux présidents ont affiché une convergence de vues sur la nécessité d’intensifier la coopération en matière de lutte contre les groupes armés et les trafics transfrontaliers. Alger, forte de son expérience dans la lutte antiterroriste, se dit prête à partager son expertise et à soutenir les efforts nigériens pour stabiliser la région.

La relance concrète du gazoduc intervient dans un contexte international où la demande en gaz naturel reste soutenue et où la diversification des sources d’approvisionnement est devenue une priorité pour de nombreux pays européens. L’Algérie, déjà fournisseur majeur via ses infrastructures existantes, voit dans le projet transsaharien une opportunité d’accroître ses capacités d’exportation tout en renforçant son ancrage africain.

Il reste évidemment des défis techniques, financiers et sécuritaires à relever avant que le gaz ne circule effectivement à travers le Sahara. Mais la décision politique annoncée ce 16 février envoie un signal fort aux partenaires et aux investisseurs. Elle traduit une volonté commune d’avancer, après des années d’hésitations et de reports.

En choisissant d’officialiser le lancement des procédures dès la fin du Ramadan, les deux chefs d’État ont voulu donner un calendrier clair et afficher leur détermination. Le projet, que le Maroc a tout fait pour détourner, pourrait redessiner la carte énergétique du continent et consacrer un nouvel axe stratégique entre l’Algérie et le Niger, fondé sur des intérêts partagés et une vision commune du développement régional.