Le procès de Boualem Sansal en Algérie suscite de vives réactions des deux côtés de la Méditerranée. L’écrivain franco-algérien, connu pour ses critiques acerbes du pouvoir en place, est actuellement détenu et risque une peine de dix ans de prison ferme. Emmanuel Macron, visiblement préoccupé par cette situation, a réaffirmé sa confiance en Abdelmadjid Tebboune pour résoudre cette affaire délicate.
L’arrestation de Boualem Sansal, survenue le 16 novembre 2024 à l’aéroport d’Alger, a marqué un tournant dans les relations déjà fragiles entre Paris et Alger. Accusé d’« atteinte à la sûreté de l’État » et d’actes subversifs, l’écrivain de 80 ans a vu son procès se tenir dans des conditions ordinaires, selon la presse algérienne. Cependant, le parquet a requis une peine lourde à son encontre, assortie d’une amende d’un million de dinars.
Le message inattendu de Macron à Tebboune
Emmanuel Macron, qui s’exprimait à l’issue d’un sommet européen à Bruxelles, a tenu à rappeler son attachement aux relations franco-algériennes, lançant à l’occasion un appel à son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune. « Ce qui s’est passé est très grave », a-t-il déclaré devant la presse. Toutefois, il a insisté sur sa confiance dans le discernement du président algérien. « J’ai confiance dans le président Tebboune et sa clairvoyance pour savoir que tout ça n’est pas sérieux et qu’on a affaire à un grand écrivain, qui plus est malade », a affirmé le chef de l’État français.
Si le président français s’est montré catégorique sur son souhait de voir Boualem Sansal retrouver sa liberté, il a également laissé entendre que plusieurs échanges avaient eu lieu entre les deux capitales. « Plusieurs messages ont été échangés », a-t-il confirmé, sans préciser la nature des discussions. Toutefois, il a souligné que l’objectif principal était de permettre à l’écrivain de recouvrer la liberté et de pouvoir, s’il le souhaite, quitter l’Algérie.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte de tensions entre la France et l’Algérie, notamment depuis que Paris a reconnu, en juillet 2024, un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine pour le Sahara occidental. Cette décision a profondément irrité Alger, qui soutient historiquement le Front Polisario dans ce conflit territorial. Certains observateurs estiment que l’arrestation de Boualem Sansal pourrait être un nouvel épisode dans cette crise diplomatique latente.
Notons que, Boualem Sansal est inculpé sous plusieurs chefs d’accusation, parmi lesquels « atteinte à l’unité nationale, outrage à corps constitué, actes portant préjudice à l’économie nationale, ainsi que la détention de vidéos et de publications considérées comme une menace pour la sécurité et la stabilité du pays ». Il lui est également reproché d’avoir tenu des propos remettant en cause l’intégrité territoriale de l’Algérie. Ces accusations font notamment référence à une interview accordée en octobre 2024 au média français Frontières, classé à l’extrême droite, où il aurait relayé la position marocaine selon laquelle certains territoires auraient été annexés par l’Algérie sous la colonisation française.
D’après Echorouk, Boualem Sansal est apparu « en bonne santé » et a rejeté jeudi, lors de son audition, toute intention de nuire à l’Algérie, affirmant avoir simplement « exprimé une opinion, comme tout citoyen algérien ». Toujours selon Echorouk, il a reconnu ne pas avoir anticipé que ses propos puissent être perçus comme une atteinte aux institutions algériennes. Il a également insisté sur son attachement à son pays, affirmant être « un Algérien qui aime son pays », et qu’il ne pouvait y avoir « aucun doute sur son patriotisme ».
Le verdict, attendu pour le 27 mars, pourrait avoir des répercussions importantes sur les relations entre Paris et Alger.
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