« Je m’en fous » : le grave dérapage de David Lisnard sur l’Algérie

David Lisnard

Le candidat à l’élection présidentielle française David Lisnard s’est retrouvé au centre d’une polémique après un échange tendu sur le plateau de LCI, lundi 19 octobre. Interrogé par une étudiante au sujet des événements du 17 octobre 1961 à Paris, le maire de Cannes a répondu avec irritation, affirmant notamment que cet épisode de l’histoire franco-algérienne n’était pas son problème aujourd’hui. Ses propos, marqués par un ton particulièrement virulent, ont remis en lumière la place de la mémoire coloniale dans le débat politique français.

La séquence s’est déroulée alors que David Lisnard, également président de l’Association des maires de France et candidat déclaré à la présidentielle de 2027 sous les couleurs de Nouvelle Énergie, s’exprimait sur les violences et les pillages survenus dans plusieurs villes françaises. L’étudiante l’a alors interrogé sur la répression sanglante d’une manifestation d’Algériens organisée à Paris le 17 octobre 1961, pendant la guerre d’indépendance algérienne.

La question portait notamment sur la connaissance des faits et sur la manière dont cet épisode historique est abordé dans le débat public. Mais la réponse du responsable politique a rapidement pris un tour conflictuel. « Non mais je m’en fous madame, je n’en ai rien à foutre, je n’en ai rien à cirer », a-t-il lancé, avant d’ajouter qu’il n’était pas né à l’époque et que l’Algérie était depuis devenue indépendante.

David Lisnard a ensuite évoqué ses relations personnelles avec des personnes d’origine algérienne, affirmant que ses amis avaient, selon lui, compris qu’il fallait passer à autre chose. Cette déclaration a accompagné une prise de distance très nette avec la question qui venait de lui être posée, alors que celle-ci concernait un événement historique majeur de la période coloniale.

Le maire de Cannes a toutefois reconnu la gravité des faits. Revenant sur les événements du 17 octobre 1961, il les a qualifiés de « très graves » et de « dramatiques », tout en estimant qu’ils appartenaient au passé et ne constituaient pas son problème aujourd’hui. Cette distinction entre la reconnaissance de la gravité historique et le refus d’en faire un sujet prioritaire a constitué l’un des éléments marquants de l’échange télévisé.

La sortie du candidat intervient dans un contexte où les questions mémorielles continuent d’occuper une place sensible dans les relations entre la France et l’Algérie. Les violences du 17 octobre 1961 restent notamment associées à la répression d’une manifestation organisée par des Algériens à Paris pour protester contre les mesures discriminatoires qui les visaient et réclamer l’indépendance de leur pays. Sous l’autorité du préfet de police Maurice Papon, les forces de l’ordre avaient violemment réprimé le rassemblement.

Le bilan humain exact demeure discuté par les historiens, mais les travaux historiques font état de plusieurs dizaines de morts, certains bilans allant jusqu’à environ 200 victimes. Des manifestants ont été tués, tandis que des corps ont été retrouvés dans la Seine. De nombreux participants ont également été arrêtés et soumis à des violences. Longtemps minimisés ou insuffisamment reconnus dans le débat public, ces événements ont progressivement fait l’objet de travaux historiques et de prises de position officielles.

En 2024, l’Assemblée nationale avait adopté une proposition de résolution condamnant le massacre du 17 octobre 1961 à Paris. La même année, le président français Emmanuel Macron avait rendu hommage aux victimes et qualifié les faits d’« inexcusables pour la République ». Ces démarches s’inscrivent dans un processus plus large de reconnaissance des violences commises pendant la période coloniale, même si les débats sur la mémoire de cette époque restent vifs.

La réaction de David Lisnard prend également une dimension politique en raison de ses ambitions présidentielles. En se présentant comme un candidat à l’élection de 2027, le maire de Cannes cherche à faire entendre ses positions sur les questions de sécurité, d’autorité de l’État et de gouvernance. L’échange sur LCI a cependant déplacé l’attention vers sa manière de répondre à une interrogation portant sur l’histoire et les relations franco-algériennes.

L’incident illustre les difficultés rencontrées par les responsables politiques lorsqu’ils sont interrogés sur des épisodes historiques qui continuent de susciter des attentes de reconnaissance. Pour une partie des citoyens, la connaissance de ces événements et la reconnaissance des victimes restent des enjeux importants, indépendamment du temps écoulé. D’autres responsables politiques mettent davantage l’accent sur les priorités contemporaines et la nécessité de se concentrer sur les défis actuels.

Dans le cas de David Lisnard, ce n’est donc pas uniquement sa position sur le 17 octobre 1961 qui a marqué la séquence, mais aussi la virulence de ses propos face à l’étudiante. En quelques phrases, le candidat a exprimé son refus de faire de cet épisode une priorité politique, tout en reconnaissant son caractère dramatique. Une prise de parole qui risque de relancer les discussions sur la manière dont les candidats à la présidentielle abordent la mémoire de la colonisation et les pages les plus douloureuses de l’histoire entre la France et l’Algérie.