La France a officiellement fixé un ultimatum à l’Algérie pour la révision des accords de 1968 régissant la circulation et le séjour des ressortissants algériens sur le territoire français. Le Premier ministre, François Bayrou, a annoncé ce mercredi que « la France va demander au gouvernement algérien que soit réexaminée la totalité des accords entre les deux pays ». Cette déclaration intervient dans un contexte diplomatique particulièrement tendu, marqué par des débats houleux sur la politique migratoire et la gestion des obligations de quitter le territoire français (OQTF).
Depuis plusieurs mois, ces accords sont dans le viseur d’une partie de la classe politique, notamment à droite et à l’extrême droite, qui dénoncent un régime d’exception pour les Algériens en France. Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a ainsi jugé que « la situation sur les OQTF est inacceptable. On ne peut pas accepter que cette situation perdure ». Son indignation a été ravivée par l’attentat de Mulhouse, où un ressortissant algérien sous le coup d’une OQTF a attaqué plusieurs personnes. L’homme, âgé de 37 ans, aurait fait l’objet de plus de 10 tentatives d’expulsion sans succès, en raison du refus de l’Algérie de délivrer un laisser-passer consulaire.
« Il est de notre responsabilité de dire que les refus de réadmission sont une atteinte à ces accords, une trahison de ces accords », a insisté François Bayrou, soulignant la nécessité d’un changement rapide. Pour exercer une pression supplémentaire, le gouvernement français a décidé d’imposer un « délai d’un mois ou de six semaines » à l’Algérie pour négocier ces nouvelles dispositions. Dans le cadre de cette démarche, une « liste d’urgence de personnes qui doivent pouvoir repartir dans leur pays que nous estimons sensibles » sera transmise aux autorités algériennes.
Cette volonté de révision des accords de 1968 n’est pas nouvelle, mais elle prend un tournant décisif avec la menace de les dénoncer en cas de blocage. « S’il n’y avait pas de réponse au bout du chemin, il n’y a pas de doute que c’est la dénonciation des accords qui serait la seule issue possible », a averti le Premier ministre. Cependant, il a tenu à préciser que « il n’y a pas de volonté d’escalade ni de surenchère avec l’Algérie ».
Jusqu’à présent, l’exécutif français s’était montré plus réticent sur la question des accords de 1968. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a souligné mardi soir sur BFMTV que « ce n’est pas toujours avec les outils les plus durs qu’on obtient des résultats ». Il a rappelé que « lorsqu’on a durci le ton avec l’Algérie par le passé, on a en réalité fait baisser le nombre d’expulsions ». De son côté, Emmanuel Macron a longtemps refusé de toucher à ces accords, malgré les pressions exercées par plusieurs figures politiques, dont l’ancien Premier ministre Édouard Philippe et certains députés de la droite qui avaient déposé une proposition de résolution sur le sujet en 2023.
Ce dossier s’inscrit dans un contexte plus large de tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie. Plusieurs événements récents ont contribué à cette détérioration, notamment la reconnaissance par la France de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, l’arrestation de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, ainsi que l’affaire impliquant plusieurs influenceurs algériens.
Malgré ces turbulences politiques, les relations économiques entre les deux pays restent solides. En 2023, les échanges commerciaux franco-algériens ont connu une forte croissance, particulièrement dans le secteur énergétique. Les exportations algériennes de gaz et de pétrole vers la France ont ainsi augmenté de 15 %, dans un contexte de diversification des approvisionnements énergétiques suite à la guerre en Ukraine. Cette interdépendance économique pourrait peser dans les négociations à venir entre Paris et Alger.
L’Algérie n’a pas encore officiellement répondu à l’ultimatum posé par la France, mais des voix se sont déjà élevées à Alger pour dénoncer une « décision unilatérale » et évoquer des « conséquences incalculables » en cas de sanctions ciblant les ressortissants algériens. La balle est désormais dans le camp du gouvernement algérien, qui doit décider s’il engage des discussions avec la France ou s’il choisit l’affrontement diplomatique.
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