La découverte d’une société fictive, soupçonnée d’avoir tenté d’organiser des transferts financiers massifs, a récemment mis en lumière une affaire aux répercussions considérables en Algérie. Tout a commencé après des signalements effectués par quatre agences bancaires concernant des opérations suspectes de transferts qui, cumulées, représentaient un montant total de 200 millions d’euros. Ces transactions, prétendument destinées à financer des investissements, ont finalement révélé l’existence d’une société sans base légale, conduisant à la mise en accusation d’un ressortissant turc et de son associé algérien.
Selon les informations rapportées par les banques concernées, à savoir Banque Al Salam, Banque Al Baraka, Gulf Bank et Société Générale, l’homme d’affaires turc avait tenté de justifier ces transferts en euros comme des financements inscrits dans le cadre d’accords de partenariat avec plusieurs sociétés de son pays d’origine. Les autorités judiciaires ont toutefois établi que l’entreprise utilisée pour ces démarches ne possédait ni registre de commerce, ni fondements juridiques solides, ce qui a transformé les transferts prévus en un véritable scandale financier en Algérie.
L’affaire a été portée devant le tribunal de Chéraga, où comparaissaient ce dimanche un entrepreneur turc, âgé d’une soixantaine d’années et identifié par les initiales “M.A.”, ainsi qu’un jeune Algérien, “S. Marouane”. Le premier est poursuivi pour falsification de documents administratifs, usage de faux commerciaux, tentative d’escroquerie et séjour irrégulier sur le territoire algérien. Son associé, quant à lui, doit répondre d’accusations liées à la complicité présumée dans cette tentative de fraude.
L’enquête a débuté à partir du 16 octobre 2023, lorsque la Banque Al Salam a déposé une plainte auprès du parquet après avoir reçu une demande de transfert jugée suspecte. La société en cause, baptisée “SDK pour la production industrielle”, était alors encore en cours de création. Trois autres établissements bancaires ont par la suite remonté des cas similaires, pointant le même individu et la même société. Dans le dossier transmis aux banques figurait un document présenté comme un certificat SWIFT, censé émaner d’un établissement financier allemand. Or, après vérification, la banque mentionnée a démenti toute émission de ce document, ce qui a renforcé les soupçons de falsification.
L’instruction menée par le juge de Chéraga a rapidement mis en évidence que la société n’avait aucune assise juridique en Algérie. Malgré l’ouverture de comptes dans plusieurs établissements, elle n’était en réalité dotée d’aucun registre de commerce. Ce constat a permis de qualifier les transferts envisagés comme une tentative manifeste de tromperie sur plusieurs banques opérant en Algérie, en cherchant à faire circuler un montant total de 200 millions d’euros.
Face à ces accusations, le ressortissant turc a nié toute responsabilité dans la falsification des documents. Il a déclaré être installé en Algérie depuis plus de vingt ans et avoir dirigé divers projets dans le bâtiment et l’industrie. S’il a reconnu que son titre de séjour n’avait pas été renouvelé depuis 2021, il a insisté sur le fait qu’au moment de la fondation de la société, sa situation administrative était régulière. Il a également expliqué avoir fait entrer dans le capital son chauffeur, “S. Marouane”, à hauteur d’1 %, afin de répondre à l’obligation légale d’associer un citoyen algérien à la création d’une société.
De son côté, “S. Marouane” a rejeté toutes les accusations, affirmant n’avoir joué qu’un rôle purement symbolique dans l’affaire. Il a assuré ne jamais avoir participé aux démarches bancaires ni aux demandes de transferts en euros vers l’Algérie. Son niveau d’instruction limité et sa relation de subordination vis-à-vis de son employeur sont avancés comme éléments expliquant son absence de connaissance réelle du dossier. La cour a toutefois rappelé que l’ignorance de la loi ne constitue en aucun cas une excuse valable.
Les avocats de la défense ont quant à eux contesté la régularité de la procédure. Ils ont souligné que la plainte de la Banque Al Salam avait été déposée deux ans après les premières démarches liées aux transferts, laissant entendre que la banque aurait agi tardivement en raison de l’échec de l’opération. La défense a également critiqué l’absence d’expertise indépendante sur le document SWIFT, estimant que le simple démenti fourni par la banque allemande ne suffisait pas à établir la falsification.
En parallèle, les représentants des quatre banques concernées se sont constitués parties civiles, estimant que la tentative d’escroquerie était établie et que les transferts de 200 millions d’euros auraient pu gravement nuire à la stabilité financière.
Au terme des débats, le procureur a requis une peine exemplaire : dix ans de prison ferme et une amende d’un million de dinars à l’encontre des deux prévenus. Le verdict final reste attendu, mais cette affaire de transferts colossaux continue de susciter une large attention en Algérie, où elle met en lumière les vulnérabilités du système bancaire face aux tentatives de fraude internationale.