Le témoignage émouvant de Anissa Boutaïba, première pilote en Algérie

Pilote algérienne France

Dans l’histoire de l’aviation en Algérie, certains noms restent gravés comme des symboles de courage et de détermination. Celui de Anissa Boutaïba en fait incontestablement partie. Première femme pilote du pays, elle a ouvert la voie dans un domaine longtemps réservé aux hommes, à une époque où les mentalités et les opportunités limitaient fortement l’accès des femmes à ce type de carrière.

Son histoire débute bien avant son entrée dans une école d’aviation. Très jeune, elle développe une fascination pour les avions, un rêve qui ne la quittera jamais. « J’aimais les avions depuis mon enfance. Chaque fois que je voyais un avion voler dans le ciel, je m’arrêtais pour le regarder », confie-t-elle lors d’un entretien accordé à Al Arabiya. Une passion sincère, presque instinctive, qui finira par tracer toute sa trajectoire.

Nous sommes dans les années qui suivent l’indépendance de l’Algérie. Le pays se construit, les structures se mettent en place, et de nouvelles perspectives s’ouvrent timidement. C’est dans ce contexte qu’Anissa Boutaïba saisit une opportunité rare : intégrer une formation spécialisée en aviation à Chéraga, près d’Alger. Une décision audacieuse pour l’époque.

Elle se lance sans hésiter dans cette aventure exigeante. « J’y ai appris l’art du pilotage et j’ai réussi les examens de qualification. J’étais la seule femme à les avoir réussis », raconte-t-elle avec une certaine fierté. Cette phrase résume à elle seule l’isolement qu’elle a pu ressentir, mais aussi la force de caractère qui l’a poussée à aller jusqu’au bout.

Le 1er août 1965, elle décroche son brevet de pilote, devenant ainsi une pionnière non seulement en Algérie, mais aussi dans le monde arabe. Une reconnaissance qui dépasse rapidement les frontières. Des aviateurs étrangers, notamment venus du Liban, saluent son exploit : « Vous êtes la première aviatrice algérienne, et peut-être même la première femme pilote dans tout le monde arabe ».

Mais derrière cette réussite, le parcours n’a rien d’un long fleuve tranquille. L’un des moments les plus marquants de sa formation reste son premier vol en solo, appelé « le lâcher ». Un passage obligé, souvent redouté par les apprentis pilotes. Elle se souvient encore de cette expérience intense : « Tout allait bien, jusqu’à ce que j’entende un bruit étrange. J’ai été saisie d’une grande frayeur, pensant que l’avion allait s’écraser ».

Le contexte n’était pas rassurant. Un crash survenu peu de temps auparavant à Constantine avait marqué les esprits. Pourtant, son instructeur ne lui laisse pas le choix : « Il m’avait dit “Si tu ne voles pas aujourd’hui, ça ne sert à rien de réessayer” ». Malgré la peur, elle prend les commandes, effectue les manœuvres demandées et réussit son atterrissage. Un moment décisif, une victoire personnelle qui confirme sa place dans ce milieu exigeant.

En parallèle, elle doit aussi faire face aux inquiétudes de son entourage. « Pourquoi l’aviation ? Et si l’avion s’écrasait ? », lui répète-t-on. Des interrogations légitimes, mais qui n’entament pas sa détermination. Avec le temps, sa famille finit par accepter son choix, consciente de la passion qui l’anime.

Après deux années dans les airs, Anissa Boutaïba entame une nouvelle étape de sa carrière. Elle rejoint le ministère des Transports et intègre la direction de l’aviation civile. Elle y occupe plusieurs fonctions techniques et administratives, mettant son expertise au service du développement du secteur aéronautique en Algérie.

Sa carrière prend ensuite une dimension institutionnelle. Elle rejoint les plus hautes sphères de l’État, notamment le secrétariat de l’ancien président Houari Boumédiène. « Ensuite, j’ai rejoint le secrétariat du défunt président Houari Boumédiène, puis j’ai travaillé au secrétariat des conseillers du président », explique-t-elle.

Son parcours inspire au-delà des frontières nationales. Elle reçoit notamment le soutien de Valentina Terechkova, première femme à avoir voyagé dans l’espace. Une rencontre marquante. « Ils m’ont encouragée à poursuivre ma carrière… ils m’ont dit : “Tu es la première femme algérienne à réaliser cet exploit, et nous espérons que beaucoup suivront ton exemple” ».

Aujourd’hui retraitée, Anissa Boutaïba reste une figure emblématique. Son histoire dépasse le cadre de l’aviation. Elle incarne une génération de femmes qui ont osé briser les barrières, ouvrir des portes et redéfinir les possibles.

Son parcours rappelle qu’au-delà des obstacles, la passion et la détermination peuvent changer le cours d’une vie… et parfois même écrire une page entière de l’histoire d’un pays.