L’Espagne accorde une nouvelle faveur aux sans-papiers

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L’Espagne vient de franchir une nouvelle étape dans sa politique d’accès aux soins pour les migrants en situation irrégulière. Le gouvernement dirigé par Pedro Sánchez a adopté un décret royal qui élargit la prise en charge médicale pour les étrangers sans papiers présents sur le territoire. Désormais, ces derniers pourront accéder au système de santé public grâce à une procédure simplifiée, basée notamment sur une déclaration sur l’honneur.

L’annonce a été faite le 10 mars 2026 par la ministre espagnole de la Santé, Mónica García, qui a défendu cette mesure comme un choix de société. Selon elle, garantir l’accès aux soins ne concerne pas uniquement les personnes directement touchées, mais l’ensemble de la population. « Lorsque nous prenons soin de la santé de tous, nous prenons également soin de la cohésion, de la cohabitation et de la dignité de toute la société espagnole », a-t-elle affirmé pour justifier cette décision.

Le nouveau texte adopté par le gouvernement vise à encadrer officiellement l’accès aux soins pour les étrangers qui ne résident pas légalement en Espagne. Jusqu’à présent, les personnes sans papiers pouvaient déjà, dans certains cas, bénéficier d’une prise en charge médicale. Cependant, les démarches administratives étaient souvent longues et complexes, ce qui pouvait retarder l’accès aux services de santé. Le nouveau dispositif entend justement simplifier ces procédures.

Concrètement, les migrants en situation irrégulière qui se présentent dans un centre de santé ou à l’hôpital pourront désormais être pris en charge sur la base d’une déclaration sur l’honneur. Ce document atteste que la personne concernée ne bénéficie d’aucune couverture médicale, que ce soit en Espagne ou dans un autre pays. En plus de cette déclaration, les demandeurs devront fournir une pièce d’identité ainsi qu’un justificatif de domicile en Espagne.

Une fois la demande déposée, les autorités remettent au demandeur un document provisoire qui lui permet de bénéficier immédiatement des soins nécessaires. Il n’est donc pas obligatoire d’attendre que l’administration examine le dossier pour pouvoir accéder aux services de santé. Cette disposition vise à éviter les situations dans lesquelles des personnes renoncent à se faire soigner par crainte de complications administratives ou de délais trop longs.

Ce document provisoire est valable sur l’ensemble du territoire espagnol, y compris dans les dix-sept communautés autonomes du pays. Ainsi, si la personne concernée change de région, elle n’aura pas besoin de recommencer toute la procédure administrative. Cette harmonisation vise à garantir une application uniforme de la mesure dans tout le pays.

L’administration dispose ensuite d’un délai de trois mois pour étudier la demande. Si aucune réponse n’est donnée dans ce délai, la demande est automatiquement considérée comme acceptée selon le principe du silence administratif. En revanche, si la demande est rejetée, la personne devra rembourser les soins médicaux qui lui ont été fournis pendant la période de traitement du dossier.

Cette mesure s’inscrit dans une politique migratoire plus large menée par le gouvernement espagnol ces dernières années. Les autorités ont multiplié les initiatives visant à faciliter l’intégration des migrants et à régulariser certaines situations administratives. L’objectif affiché est à la fois humanitaire et économique.

Au début de l’année 2026, l’exécutif espagnol a notamment présenté un projet de régularisation massive qui pourrait concerner jusqu’à 500 000 personnes vivant actuellement sans statut légal dans le pays. Cette initiative est présentée par le gouvernement comme une réponse aux défis démographiques et économiques auxquels l’Espagne est confrontée, notamment le vieillissement de la population et les besoins croissants en main-d’œuvre dans plusieurs secteurs.

Ce projet s’inscrit dans la continuité d’une réforme adoptée en novembre 2024, qui prévoyait déjà la régularisation progressive de près de 300 000 migrants par an pendant une période de trois ans. Ces différentes mesures témoignent de la volonté du gouvernement espagnol d’adopter une approche plus ouverte et structurée de la gestion de l’immigration.

L’Espagne demeure en effet l’une des principales portes d’entrée des migrants vers l’Europe, aux côtés de l’Italie et de la Grèce. Selon les données du ministère espagnol de l’Intérieur, près de 37 000 migrants en situation irrégulière sont entrés dans le pays en 2025. Ce chiffre reste important, même s’il représente une baisse notable d’environ 42,6 % par rapport à l’année précédente.

En élargissant l’accès aux soins pour les personnes sans papiers, les autorités espagnoles espèrent donc répondre à la fois à des enjeux sanitaires, sociaux et humanitaires. Pour le gouvernement, garantir un accès minimal aux services de santé est aussi un moyen de protéger l’ensemble de la société et de prévenir d’éventuelles crises sanitaires.