Liquidation judiciaire de Brandt, qui avait été rachetée par Rebrab : « il reste une possibilité »

Issad Rebrab Forbes

La liquidation judiciaire du groupe Brandt, annoncée le 11 décembre 2025, marque un tournant douloureux pour l’industrie française de l’électroménager et soulève de nombreuses questions sur l’avenir du savoir-faire national. Confrontée à de graves difficultés financières depuis son placement en redressement judiciaire, l’entreprise est contrainte de supprimer près de 700 emplois, touchant directement les salariés et les communautés locales autour des sites industriels d’Orléans et de Vendôme. Cette décision, qui intervient à quelques jours des fêtes de fin d’année, suscite un choc émotionnel et économique pour les employés et leurs familles, mais aussi pour l’ensemble du secteur industriel français, déjà fragilisé par la concurrence internationale.

Invité de La Grande Interview Europe 1-CNews, Serge Papin, ministre du Commerce et des PME, a tenu à souligner qu’« il reste encore une possibilité après la liquidation judiciaire » pour la marque Brandt ainsi que pour ses marques associées telles que De Dietrich, Sauter et Vedette. Selon lui, un potentiel de relance pourrait émerger à travers des engagements en matière de commercialisation et de distribution, en valorisant le label « Made in France ». Cette approche viserait à séduire des partenaires financiers et à créer des opportunités pour maintenir une activité industrielle, tout en préservant une partie du patrimoine technologique et industriel de la marque. Le ministre insiste sur l’importance de ces engagements, considérant qu’ils pourraient constituer un levier stratégique pour garantir une alternative crédible face à la liquidation.

Depuis l’acquisition de Brandt par le groupe algérien Cevital en 2014, la marque avait pour ambition de devenir un symbole de revitalisation industrielle en France tout en développant un pont technologique et industriel vers l’Algérie. L’objectif était de transférer une partie du savoir-faire et de créer une chaîne de production complémentaire, matérialisée notamment par l’usine de Sétif. Cette décennie de présence a été marquée par des hauts et des bas, alternant des périodes de consolidation et des difficultés accrues liées à la conjoncture mondiale et à la compétition accrue des producteurs asiatiques.

La chute rapide de Brandt en France reflète à la fois les défis du marché européen et les limites de la stratégie d’internationalisation du groupe Cevital. Les ventes, déjà en recul en 2024 avec un chiffre d’affaires de 260 millions d’euros, dont 70 % réalisés en France, n’ont pas permis de compenser la baisse de la demande et l’érosion de parts de marché face à des concurrents chinois, turcs et coréens. Les projets des salariés, notamment la création d’une SCOP soutenue par 16 millions d’euros de fonds publics, visaient à sauver près de 300 emplois et à maintenir les deux sites industriels actifs, mais la décision judiciaire a annulé ces initiatives, entraînant la fermeture des usines et la suppression de 750 postes.

Cette liquidation s’inscrit dans un contexte plus large de désindustrialisation en Europe, où les segments de gros électroménager connaissent une forte domination asiatique. Brandt, qui avait su maintenir un certain niveau d’innovation dans les fours, tables à induction et systèmes de cuisson, n’a plus été capable de rivaliser avec les prix et la production de masse de ses concurrents internationaux. Pour Cevital, cette situation représente une fragilisation de son image à l’international, même si financièrement, l’impact reste limité au sein d’un groupe diversifié dans l’agroalimentaire, la logistique et l’industrie lourde.

En Algérie, l’usine de Sétif continue de fonctionner normalement, approvisionnant le marché local et exportant une partie de sa production. Toutefois, la disparition de Brandt France entraîne un risque stratégique : la marque perd son ancrage européen et devient dépendante d’une seule base industrielle, ce qui pourrait compliquer sa compétitivité future. Le devenir de la propriété intellectuelle et des brevets détenus par Cevital sera crucial pour l’avenir de Brandt en Algérie et pour la continuité de son expansion internationale.