Pour éviter d’aller en Algérie, un Algérien saisit le Conseil d’État français

Algérien Conseil d'État

Doualemn Namen, un influenceur algérien bien connu sur les réseaux sociaux, se trouve à un tournant important de son parcours judiciaire. Le Conseil d’État français doit examiner, ce jeudi à partir de 15h, sa contestation d’une expulsion de l’Algérien vers son pays d’origine, à savoir l’Algérie. Cette affaire, qui a déjà traversé plusieurs phases juridiques, a mis en lumière les tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie, tout en soulevant des questions sur les politiques d’immigration et les libertés d’expression dans un contexte de surveillance accrue des influenceurs en ligne.

Doualemn, suivi par plus de 140 000 abonnés sur TikTok, est devenu une figure emblématique des réseaux sociaux en France. Cependant, sa popularité s’est transformée en source de controverses après la publication d’une vidéo où il appelait à infliger une « sévère correction » à un opposant au gouvernement algérien. Bien que la vidéo n’ait pas incité directement à la violence, elle a été interprétée comme une provocation, ce qui a conduit Doualemn à être condamné le 6 mars à cinq mois de prison avec sursis pour « provocation non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit ». La publication de cette vidéo a également eu des répercussions plus graves sur son statut en France, où il résidait depuis plusieurs années.

En conséquence de cette condamnation, les autorités françaises ont décidé de retirer son titre de séjour et d’émettre un ordre d’expulsion, daté du 9 janvier. Cet ordre visait à renvoyer Doualemn en Algérie, mais un rebondissement majeur s’est produit lorsqu’il a été immédiatement renvoyé en France par les autorités algériennes, provoquant une crise diplomatique entre les deux pays. Le gouvernement français, représenté par des figures politiques comme Bruno Retailleau, a exprimé son mécontentement, accusant l’Algérie de chercher à humilier la France. En réponse, les médias algériens ont réagi en dénonçant ce qu’ils ont appelé une forme d’« algérophobie » de la part de la France, alimentant ainsi les tensions bilatérales.

En janvier, l’expulsion de Doualemn avait été suspendue, mais le processus a continué. Le 6 février, un tribunal administratif a annulé l’Obligation de quitter le territoire français (OQTF) dont il faisait l’objet. Cependant, ce jugement n’a pas mis fin aux démarches administratives. En mars, le Comité de l’expulsion (Comex) de l’Hérault a rendu un nouvel avis favorable concernant l’expulsion, malgré les arguments avancés par la défense de l’influenceur.

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L’avocate de Doualemn, Me Marie David-Bellouar, a vivement critiqué cette décision, soulignant la disproportion entre la menace à l’ordre public prétendument posée par son client, un homme condamné à une peine avec sursis, et la décision d’expulsion. Elle a fait valoir que Doualemn avait des attaches solides en France, notamment une famille à Montpellier, et que son expulsion vers l’Algérie serait une mesure injustifiée, qui porterait atteinte à ses droits fondamentaux. Elle a également mis en avant la nature contestée de l’ordre d’expulsion, soulignant que Doualemn n’était pas un criminel violent mais plutôt une personnalité influente, dont les actions sur les réseaux sociaux n’ont pas conduit à des actes concrets de violence.

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Le 20 mars, Doualemn a été interpellé à son domicile dans l’Hérault en vue de son expulsion. L’Algérien a depuis été placé en centre de rétention administrative, dans l’attente de la décision du Conseil d’État. Ce dernier, dans sa décision qui interviendra ce jeudi, pourrait décider de maintenir l’ordre d’expulsion ou de le suspendre à nouveau, en fonction des arguments juridiques avancés par ses avocats. Le Conseil d’État pourrait également renvoyer la question à un autre tribunal ou même annuler l’expulsion, à la lumière des nouvelles preuves ou des changements dans la situation politique.

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L’affaire Doualemn met en lumière les défis auxquels sont confrontés les influenceurs sur les réseaux sociaux, qui sont souvent perçus à la fois comme des acteurs de l’espace public et des personnalités influentes susceptibles de provoquer des réactions politiques et sociales. Le cas de Doualemn pourrait avoir des répercussions importantes, non seulement pour la manière dont la France gère l’immigration et les expulsions, mais aussi pour la manière dont elle interprète les actes des individus en ligne, en particulier lorsqu’ils sont perçus comme menaçant l’ordre public ou portant atteinte aux relations internationales. En attendant la décision du Conseil d’État, le sort de l’Algérien reste suspendu à l’issue de cette procédure juridique complexe.