Une vidéo montrant du raisin algérien vendu à seulement 0,99 euro le kilogramme dans une épicerie située près de Paris a rapidement fait réagir les internautes algériens. En pleine période de hausse des prix des fruits et légumes en Algérie, l’écart avec les tarifs pratiqués sur certains marchés du pays a suscité de nombreuses interrogations.
En Algérie, le raisin peut actuellement atteindre jusqu’à 450 DA le kilo sur certains marchés de détail, alors que le même produit est affiché à 0,99 euro en France, soit environ 150 DA au taux de change officiel. Au taux parallèle, le montant représente environ 275 DA. La comparaison a donc rapidement alimenté le débat sur les prix, les intermédiaires et les marges appliquées entre le producteur et le consommateur.
À l’origine de la vidéo se trouve Fayçal Ouchen, un commerçant franco-algérien installé en région parisienne. Dans une première séquence publiée sur les réseaux sociaux, il présente du raisin algérien vendu à 0,99 euro le kilogramme dans son commerce. Une démonstration destinée, selon lui, à montrer qu’il est possible de proposer ce produit à un prix nettement inférieur à celui observé sur certains marchés algériens.
Face aux nombreuses réactions suscitées par la vidéo, le commerçant a décidé de revenir sur les conditions dans lesquelles il commercialise ce raisin et de détailler son modèle d’approvisionnement.
Il explique notamment qu’il ne s’approvisionne pas auprès de grossistes algériens. Selon ses déclarations, il achète directement auprès des producteurs afin de réduire au maximum le nombre d’intermédiaires. Il affirme disposer d’une activité d’exportation en Algérie et d’une activité d’importation en France, ce qui lui permet de contrôler plusieurs étapes de la chaîne, jusqu’à la vente au consommateur.
Cette organisation serait, selon lui, l’une des principales raisons qui lui permettent d’afficher un prix inférieur à celui pratiqué en Algérie. En supprimant certains intermédiaires entre le producteur et le consommateur final, il estime pouvoir réduire le coût global du produit tout en conservant une marge commerciale.
Mais l’exportation vers la France entraîne évidemment d’autres dépenses. Fayçal Ouchen cite notamment les opérations d’emballage et d’étiquetage, les certificats nécessaires à l’exportation, les analyses réalisées en laboratoire, notamment celles portant sur les résidus de pesticides, ainsi que les frais de transport et les droits de douane.
C’est justement ce point qui continue de susciter des interrogations chez certains internautes. Comment un kilogramme de raisin algérien peut-il être vendu autour d’un euro en France après avoir supporté les coûts liés à l’exportation, au transport et à l’importation, alors que son prix peut atteindre plusieurs centaines de dinars en Algérie ?
Le commerçant avance une explication essentiellement liée à la chaîne de distribution. Selon lui, le prix payé au producteur algérien demeure relativement bas et l’écart se creuse ensuite à mesure que le produit passe par différents intermédiaires avant d’arriver au consommateur.
Il affirme ainsi que le raisin qu’il vend en France pourrait se négocier entre 500 et 600 DA le kilogramme en Algérie, alors même qu’il parvient à le proposer à environ un euro dans son commerce français. Cette affirmation relève toutefois de son propre constat et ne constitue pas, à elle seule, une analyse générale des coûts de production et de distribution du raisin en Algérie.
La polémique intervient dans un contexte particulièrement sensible pour les consommateurs algériens. Depuis plusieurs semaines, les prix de nombreux fruits et légumes connaissent des hausses importantes sur les marchés, faisant du coût du panier alimentaire l’un des principaux sujets de préoccupation des ménages.
Le président Abdelmadjid Tebboune a lui-même abordé cette question lors de sa dernière entrevue avec la presse nationale. Il a appelé à préserver le pouvoir d’achat des citoyens et a demandé au gouvernement de renforcer la lutte contre la spéculation. Le chef de l’État a également affirmé que les premières investigations montraient que la majorité des agriculteurs n’étaient pas responsables de la hausse des prix.
Dans ce contexte, la vidéo du raisin vendu à 0,99 euro a rapidement dépassé la simple comparaison de deux étiquettes. Elle a relancé le débat sur la formation des prix en Algérie, le rôle des grossistes, les marges des détaillants et la manière dont les produits agricoles passent du champ au marché.
Fayçal Ouchen va plus loin dans ses explications en s’interrogeant sur l’absence de promotions importantes sur certains produits agricoles durant les périodes de forte production. Il affirme également que certains commerçants préféreraient écouler leurs invendus difficilement ou les jeter plutôt que de réduire fortement leurs prix.
Ces déclarations restent cependant celles du commerçant et ne permettent pas, à elles seules, de déterminer où se situe exactement l’écart de prix entre le producteur algérien et le consommateur final.
L’autre élément qui alimente le débat concerne le pouvoir d’achat. À prix équivalent en valeur, un produit vendu autour d’un euro n’a évidemment pas le même poids dans le budget d’un consommateur français que dans celui d’un consommateur algérien. La comparaison des prix doit donc également tenir compte des niveaux de revenus et des structures de dépenses dans les deux pays.
La vidéo de Fayçal Ouchen intervient ainsi à un moment où la question des prix agricoles est devenue particulièrement sensible en Algérie. Elle soulève une interrogation simple, mais difficile à trancher sans données détaillées : comment expliquer qu’un produit agricole algérien puisse être proposé à moins d’un euro en France alors qu’il atteint plusieurs centaines de dinars sur certains marchés algériens ?
La réponse ne dépend pas nécessairement d’un seul facteur. Coût payé au producteur, nombre d’intermédiaires, transport, stockage, pertes, marges commerciales, fiscalité et conditions de marché peuvent tous intervenir dans la formation du prix final.
Pour l’heure, les explications données par le commerçant apportent surtout un éclairage sur son propre modèle commercial : achat direct auprès des producteurs, réduction du nombre d’intermédiaires et maîtrise de plusieurs étapes entre l’Algérie et la France. Elles n’ont toutefois pas suffi à convaincre tous les internautes, certains continuant de s’interroger sur le coût réel du transport, des taxes et des autres charges liées à l’exportation.
Cette polémique pourrait surtout contribuer à remettre au centre du débat la question de la formation des prix des produits agricoles en Algérie, alors que les autorités annoncent parallèlement de nouvelles mesures pour lutter contre la spéculation et protéger le pouvoir d’achat.