Depuis plusieurs années, l’Espagne s’impose comme l’un des pays européens les plus ouverts en matière de régularisation des personnes en situation irrégulière. Avec l’annonce récente du gouvernement de Pedro Sánchez visant à régulariser jusqu’à 500 000 sans-papiers, l’espoir renaît pour des milliers de migrants, notamment algériens, qui vivent et travaillent déjà sur le territoire espagnol. Mais derrière cette opportunité historique se cache une réalité administrative complexe : l’obtention du casier judiciaire algérien.
Contrairement à la France, où les accords bilatéraux permettent aux consulats de délivrer directement le casier judiciaire aux ressortissants algériens, l’Espagne ne propose pas ce service. Cette différence, souvent mal comprise, oblige les demandeurs à suivre une procédure spécifique, parfois longue, mais parfaitement légale et réalisable lorsqu’on en connaît les étapes.
Le casier judiciaire est un document incontournable dans toute procédure de régularisation. Les autorités espagnoles exigent que le demandeur prouve l’absence de condamnations pénales dans son pays d’origine. Pour les Algériens vivant en Espagne, cela signifie obligatoirement passer par l’administration algérienne, même à distance.
La première étape dépend du consulat espagnol dont relève le demandeur en Algérie. Si, à l’origine, la personne dépendait du consulat d’Espagne à Alger, la procédure est relativement simple. Il suffit de se rendre dans un consulat d’Algérie en Espagne afin d’y établir une procuration au profit d’un proche resté en Algérie. Cette procuration autorise officiellement cette personne à effectuer les démarches à votre place.
En revanche, pour les personnes relevant du consulat d’Espagne à Oran, la situation est plus contraignante. Dans ce cas précis, la procuration établie auprès d’un consulat algérien en Espagne n’est pas acceptée. Il est impératif de faire établir une procuration notariale auprès d’un notaire en Espagne. Cette nuance, souvent ignorée, est pourtant cruciale, car une erreur à ce stade peut entraîner un rejet pur et simple du dossier.
Une fois la procuration en main, la personne mandatée en Algérie doit se rendre non pas au tribunal, comme on le pense souvent, mais à la cour de justice. Ces cours sont situées dans les chefs-lieux de wilayas. C’est là que le casier judiciaire algérien est délivré. Cette précision est essentielle, car se présenter au mauvais service peut faire perdre un temps précieux.
Après l’obtention du casier judiciaire, la démarche ne s’arrête pas là. Le document doit obligatoirement être légalisé pour être reconnu à l’international. La personne disposant de la procuration doit donc se rendre au ministère algérien des Affaires étrangères afin de faire légaliser le document. Cette étape atteste de l’authenticité du casier judiciaire.
Ensuite, dernière formalité en Algérie : la légalisation par le consulat d’Espagne, à Alger ou à Oran selon le cas. Ce double cachet – algérien puis espagnol – est indispensable. Sans lui, le document sera considéré comme invalide par les autorités espagnoles. Une fois toutes ces étapes accomplies, le casier judiciaire original doit être envoyé en Espagne au demandeur, qui pourra enfin l’intégrer à son dossier de régularisation, accompagné d’une traduction en Espagnol faite en Espagne.
Cette procédure prend tout son sens dans le contexte politique actuel. L’Espagne fait figure d’exception en Europe en assumant une politique migratoire plus inclusive. Le gouvernement socialiste justifie cette décision par des analyses économiques montrant que la croissance espagnole repose en grande partie sur la contribution des travailleurs étrangers. Selon la ministre des migrations, Elma Saiz, les personnes résidant en Espagne depuis au moins cinq mois avant la fin de l’année 2025 et ne disposant pas de casier judiciaire pourront bénéficier d’un permis de séjour via une procédure accélérée.
Les demandes pourront être déposées entre avril et le 30 juin, avec un engagement de traitement en moins de trois mois. Le titre de séjour permettra de travailler légalement dès le premier jour, dans tous les secteurs, une avancée majeure pour des milliers de personnes jusque-là condamnées à la précarité.
Dans ce contexte, le casier judiciaire algérien devient bien plus qu’un simple document administratif : il représente la clé d’une nouvelle vie, d’une stabilité et d’une reconnaissance longtemps espérées. Mieux informés, les demandeurs peuvent éviter les pièges, gagner du temps et saisir pleinement cette opportunité historique offerte par l’Espagne.