Sétif : nouvelle attaque contre Aïn El Fouara

Statue Ain el Fouara

À Sétif, la consternation est encore une fois au rendez-vous. Dans la nuit du 23 au 24 février, la célèbre statue de Aïn El Fouara a été la cible d’un nouvel acte de vandalisme, le septième en moins d’une décennie. Cette fois, c’est le bras de la figure féminine en marbre qui a été sectionné, ravivant l’indignation des habitants et relançant un débat qui revient avec insistance depuis plusieurs années.

Érigée en 1898 par le sculpteur français Francis de Saint-Vidal, la statue de Aïn El Fouara trône au cœur de la ville, dominant la fontaine qui constitue l’un des lieux les plus emblématiques de la capitale des Hauts-Plateaux. Au fil des générations, elle est devenue bien plus qu’une simple œuvre d’art : un repère, un point de rencontre, un symbole affectif pour de nombreux Sétifiens.

Selon des sources locales, un suspect a été interpellé peu après les faits par les services de sécurité. Pour l’heure, ni son identité ni les motivations de son geste n’ont été officiellement communiquées. Mais l’acte a rapidement suscité une vague de réactions sur les réseaux sociaux, entre colère, tristesse et incompréhension.

Ce n’est malheureusement pas un épisode isolé. L’été dernier déjà, la statue avait subi des dégradations lorsque son nez avait été endommagé à coups de marteau. L’auteur avait été condamné à une lourde peine de prison et à une importante amende, dans ce qui avait été perçu comme un signal fort des autorités. En 2022, un autre individu avait gravement mutilé la sculpture. À la suite de ces agressions répétées, des mesures de protection supplémentaires avaient été mises en place, notamment l’installation d’un grillage en fer forgé autour du monument. Une protection qui, manifestement, n’a pas suffi à empêcher cette nouvelle attaque.

À chaque incident, la même question refait surface : faut-il laisser la statue à son emplacement historique ou envisager son transfert vers un espace muséal plus sécurisé ? Par le passé, l’ancien ministre de la Culture Azzedine Mihoubi avait écarté l’option d’un déplacement, estimant que l’œuvre faisait partie intégrante de l’identité de la ville. Plus récemment, son successeur Soraya Mouloudji s’était dite ouverte à la discussion, sans trancher clairement la question.

Les partisans d’un transfert avancent des arguments liés à la nudité de la statue, jugée inappropriée par certains courants conservateurs. D’autres dénoncent au contraire une volonté d’effacer des pans entiers du patrimoine artistique national, qu’il soit hérité de la période coloniale ou d’époques plus anciennes. À Sétif, beaucoup considèrent que déplacer la statue reviendrait à priver la ville d’un symbole fort, ancré dans son paysage urbain depuis plus d’un siècle.

En attendant, une nouvelle restauration devra être engagée. Une fois de plus, la dame de marbre sera réparée. Mais au-delà des travaux, c’est la question de sa protection durable et de la place du patrimoine dans l’espace public qui reste posée, avec une acuité grandissante.