Sorcellerie : l’Algérie décide de frapper d’une main de fer

Sorcellerie Algérie

Dans un contexte où les pratiques occultes continuent de susciter une véritable inquiétude au sein de la société, l’Algérie prend une décision radicale. Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Lotfi Boudjemaa, a confirmé l’adoption de nouvelles mesures répressives à travers la loi n° 24-06. Cette loi, qui modifie et complète l’ordonnance n° 66-154 du 8 juin 1966 portant Code pénal, consacre une section entière aux « Actes de sorcellerie et de charlatanisme » afin de mieux cerner et sanctionner ces pratiques en Algérie.

Les nouvelles dispositions introduites dans le Code pénal visent à contrer la prolifération de la sorcellerie, un phénomène qui, selon les autorités, cause d’importants préjudices aux citoyens en Algérie. Répondant à une question écrite d’un parlementaire, le ministre a précisé que l’article 303 bis 42 et les suivants stipulent une peine de trois ans d’emprisonnement et une amende pouvant atteindre 300 000 dinars pour toute personne reconnue coupable de sorcellerie ou de charlatanisme. La peine est encore plus lourde si ces pratiques entraînent des dommages physiques ou psychologiques, pouvant aller jusqu’à sept ans de prison et 700 000 dinars d’amende.

Le cadre légal se veut encore plus strict dans les cas où la sorcellerie est associée à une atteinte à la vie privée, à l’honneur ou à la dignité des personnes, ou encore lorsqu’elle s’accompagne d’escroquerie et d’abus de faiblesse. Dans ces situations, la peine peut grimper jusqu’à dix ans de prison et une amende maximale d’un million de dinars. Cette mesure vise à réprimer les pratiques exploitant la crédulité des victimes et portant atteinte à leur intégrité morale et sociale.

Loin de se limiter aux sanctions pénales, la loi introduit également des dispositions visant à démanteler les réseaux de promotion et de diffusion de ces pratiques. Lotfi Boudjemaa a souligné que les juges ont la possibilité d’ordonner la confiscation des fonds et des outils utilisés dans la commission du crime. En outre, les sites internet ayant servi à la diffusion de ces pratiques pourront être fermés ou bloqués, une disposition qui vise directement les pages et groupes en ligne faisant la promotion de services occultes. Les locaux où se déroulent ces activités illicites pourront également être fermés si leur propriétaire était conscient de leur usage frauduleux.

Cette réforme du Code pénal intervient dans un contexte où la présence de charlatans et de sorciers devient de plus en plus préoccupante. En Algérie, de nombreuses affaires ont mis en lumière des cas où des personnes vulnérables ont été dépouillées de leurs économies, voire victimes de manipulations psychologiques graves. Certains cas extrêmes ont même rapporté des pratiques aux conséquences tragiques, allant des violences physiques aux manipulations mentales profondes, plongeant certaines victimes dans un état de détresse psychologique.

Lire également : Avion, perte des deux moteurs en plein-vol : la précision d’un pilote algérien

L’adoption de cette loi traduit la volonté des autorités de renforcer la lutte contre un fléau qui, bien que réprouvé par la majorité de la population, trouve encore des adeptes. En criminalisant la sorcellerie sous toutes ses formes, y compris sa promotion sur les réseaux sociaux ou par tout autre moyen de communication, l’Algérie envoie un signal fort. La tolérance envers ces pratiques se réduit drastiquement, et ceux qui s’y adonnent risquent des peines exemplaires.

Lire également : Aéroport international d’Alger : « on n’a pas du tout ça à Roissy »

Avec l’essor du numérique, les charlatans ont trouvé de nouveaux moyens de se faire connaître et d’attirer des victimes. Cette loi leur ferme la porte en criminalisant non seulement la pratique, mais aussi sa publicité. En effet, les annonces en ligne, les vidéos de « guérisseurs » et les services payants de « désenvoûtement » se sont multipliés ces dernières années. En réaction, les autorités ont décidé d’agir en coupant à la source ces nouvelles formes d’escroquerie.

Lire également : La France a pillé ceci en Algérie : la révélation glaçante de l’APS

La société algérienne, ancrée dans des traditions culturelles et religieuses fortes, réprouve majoritairement ces pratiques, les assimilant à des actes nuisibles et dangereux. Avec cette nouvelle loi, le message est clair : la sorcellerie et le charlatanisme n’ont plus leur place et ceux qui tentent d’en tirer profit devront faire face à des conséquences sévères. Cette initiative, bien que strictement juridique, s’inscrit dans une volonté plus large de moralisation et de protection de la société contre toute forme d’abus. L’Algérie affiche ainsi sa détermination à mettre un terme à un phénomène qui, pendant longtemps, a prospéré dans l’ombre.