Un ministre tacle Retailleau après avoir boudé l’Iftar à cause de l’Algérie 

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Bruno Retailleau a récemment décliné l’invitation de la Grande Mosquée de Paris pour l’iftar, un geste qui suscite des réactions diverses et alimente les débats sur la laïcité et les relations franco-algériennes. Cette décision n’a pas manqué de faire réagir, notamment au sein de la classe politique.

Thierry Mariani, député européen du Rassemblement national et ancien ministre, n’a pas hésité à commenter l’absence de Retailleau à l’Iftar sur le plateau de BFM. « On a heureusement des milliers et des milliers de musulmans qui respectent les lois de la République et qui s’intègrent. Moi-même, j’y suis déjà allé », a-t-il déclaré, mettant en avant l’importance de maintenir un dialogue avec les citoyens musulmans respectueux des lois françaises. Une façon de tacler indirectement Bruno Retailleau et de souligner l’impact symbolique d’une telle absence. « Il faut parfois montrer à nos concitoyens musulmans qui respectent la loi que la loi ne les oublie pas », insiste Thierry Mariani.

Depuis plusieurs années, la participation des représentants de l’État aux iftars de la Grande Mosquée de Paris était devenue une tradition bien ancrée. Son prédécesseur, Gérald Darmanin, s’y rendait systématiquement depuis 2022, et même le président Emmanuel Macron avait pris part à un iftar en 2017 en compagnie de Gérard Collomb, alors ministre de l’Intérieur. Pourtant, Retailleau a refusé d’y assister, mettant en avant l’exigence de laïcité. Un argument qui interroge, notamment lorsqu’on observe sa participation à d’autres événements religieux, comme la messe du pape à Ajaccio ou les dîners du Conseil représentatif des Institutions Juives de France (Crif).

Cette absence intervient dans un contexte de tensions diplomatiques accrues entre Paris et Alger. La Mosquée de Paris, considérée comme proche des autorités algériennes, se retrouve prise au cœur de ces crispations. Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a quant à lui fait le déplacement et en a profité pour plaider l’apaisement des relations franco-algériennes, affirmant que « les tensions actuelles, dont nous ne sommes pas à l’origine, ne sont dans l’intérêt de personne ». Il a insisté sur le fait que la France et l’Algérie étaient unies par « des liens complexes, mais d’une densité sans équivalent ».

Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée, a tenu à défendre son institution en rappelant qu’elle était « une marque de l’amitié entre la France et les terres d’islam ». Une déclaration qui intervient alors que la mosquée fait face à des critiques sur son lien avec Alger. En janvier, elle avait été accusée d’avoir mis en place, avec l’appui des autorités algériennes, un système de certification halal monopolistique pour les produits européens destinés au marché algérien, un sujet qui avait déjà tendu les relations diplomatiques.

D’anciens diplomates français, comme Xavier Driencourt, ex-ambassadeur de France à Alger, avaient aussi pointé du doigt l’influence de la Mosquée de Paris, accusant son recteur d’être un « ambassadeur officieux de l’Algérie ». Des propos vivement rejetés par Chems-Eddine Hafiz, qui avait dénoncé des « attaques totalement mensongères ». L’affaire avait pris une ampleur médiatique encore plus grande lorsque la mosquée avait refusé de participer à la manifestation contre l’antisémitisme du 12 novembre 2023, refus justifié par la présence du Rassemblement National, parti d’extrême droite.

Fondée en 1926, la Grande Mosquée de Paris bénéficie depuis les années 1980 d’un financement annuel de l’État algérien d’environ deux millions d’euros. Un soutien qui suscite régulièrement des débats sur son indépendance et son rôle au sein de la communauté musulmane de France.

Dans ce climat déjà tendu, l’absence de Bruno Retailleau à l’iftar de la Grande Mosquée ne passe pas inaperçue. Certains y voient une prise de position politique claire dans le cadre du bras de fer diplomatique entre la France et l’Algérie, tandis que d’autres dénoncent une instrumentalisation de la laïcité à des fins politiques. Quoi qu’il en soit, ce choix ne manque pas de raviver le débat sur la place de l’islam en France et sur les relations complexes entre Paris et Alger.

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