Une « Fake » pâte à tartiner El Mordjene se vend à prix d’or au Maroc

Maroc El Mordjene USA Dreamy

La pâte à tartiner El Mordjene, un produit algérien, connaît une popularité croissante au Maroc malgré les tensions diplomatiques qui existent entre Rabat et Alger. Ce phénomène, bien qu’inattendu au regard des relations entre les deux pays, attire de plus en plus l’attention des consommateurs marocains. Disponible dans des commerces de proximité, souvent spécialisés dans des produits de contrebande, El Mordjene dépasse même des marques mondialement reconnues, telles que Nutella. Si le produit jouit d’une grande demande, son prix a considérablement augmenté en raison de son statut illégal, faisant de cette pâte à tartiner un produit rare et recherché.

Les échoppes marocaines regorgent de pots d’El Mordjene, mais ceux-ci ne proviennent pas d’un circuit commercial traditionnel. Sur l’étiquette de ces pots, il est inscrit « Made in Türkiye », et non « Made in Algérie ». Cette mention permettrait au produit d’entrer sur le marché marocain plus facilement, en raison de l’accord de libre-échange signé entre le Maroc et la Turquie. Cette astuce permet ainsi de contourner les obstacles liés aux restrictions imposées sur les produits algériens. Cependant, des doutes subsistent sur l’origine réelle du produit, notamment en raison de l’absence d’un label officiel de qualité qui garantirait sa conformité aux normes sanitaires marocaines.

Ce phénomène de contrebande a pris de l’ampleur ces derniers mois, surtout depuis que la pâte à tartiner El Mordjene a trouvé sa place dans les commerces de rue marocains. Un commerçant de Rabat témoigne qu’il parvient à vendre une cinquantaine de pots par mois, malgré le prix élevé de ce produit, qui se vend à 350 dirhams pour un pot de 700 grammes, soit l’équivalent de 33 euros. Ce prix est bien supérieur à celui pratiqué en Algérie, où un pot d’El Mordjene ne dépasse pas les 50 dirhams. Pour les commerçants marocains, il s’agit d’une véritable aubaine, car le produit se vend comme des petits pains, malgré sa provenance douteuse.

Des commerçants en ligne profitent également de la situation. En particulier, une commerçante en ligne basée à Agadir a expliqué à un média marocain que les pots d’El Mordjene arrivaient clandestinement au Maroc, transportés dans les bagages de ressortissants marocains vivant à l’étranger, notamment en Tunisie, aux Émirats arabes unis ou au Qatar. Une fois arrivés au Maroc, ces pots sont revendus en ligne, souvent à des prix encore plus élevés, avec une livraison à domicile qui peut faire grimper le prix d’un pot jusqu’à 400 dirhams. Ces pratiques font de la pâte à tartiner algérienne un produit de luxe pour une clientèle qui cherche à se procurer cette denrée rare, souvent en dehors des circuits commerciaux officiels.

La société algérienne CEBON, productrice d’El Mordjene, n’a pas d’usine en Turquie, ce qui soulève encore plus de questions sur l’origine exacte de la pâte à tartiner disponible au Maroc. Certains experts soupçonnent que des copies frauduleuses sont produites ailleurs et se retrouvent ensuite étiquetées comme « Made in Türkiye » pour faciliter leur entrée sur le marché marocain. Ce produit, bien qu’ayant l’apparence de l’original, pourrait ne pas respecter les normes de production et de sécurité alimentaires, ce qui représente un risque potentiel pour la santé des consommateurs marocains.

Ce marché parallèle autour de la pâte à tartiner El Mordjene soulève plusieurs questions, non seulement sur les méthodes de fabrication et de distribution, mais aussi sur la manière dont il est parvenu à s’imposer en dépit des restrictions et des contrôles. En l’absence de régulation stricte et de surveillance des produits qui circulent illégalement, les autorités marocaines sont confrontées à un dilemme. D’un côté, elles doivent protéger les consommateurs contre les produits non conformes aux normes sanitaires, et de l’autre, elles se retrouvent dans une situation où un produit de consommation populaire échappe aux circuits traditionnels.

Malgré la situation juridique complexe, la pâte à tartiner El Mordjene continue d’être une sensation au Maroc. Son succès témoigne de l’appétit des Marocains pour ce produit, symbole d’une identité culinaire algérienne, qui se trouve en quelque sorte détournée et commercialisée à prix d’or dans un marché parallèle.

Ainsi, la pâte à tartiner El Mordjene, loin d’être un simple produit alimentaire, incarne désormais une forme de résistance culturelle et commerciale, mais aussi un défi pour les autorités des deux pays, qui doivent faire face à une réalité complexe et souvent difficile à contrôler.

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