La congestion routière à Alger est devenue, au fil des années, un problème structurel qui impacte directement la qualité de vie des habitants. Chaque jour, des milliers d’automobilistes se retrouvent bloqués dans des embouteillages interminables, notamment aux heures de pointe, avec des conséquences visibles sur la productivité, la pollution et le stress quotidien. Face à cette situation devenue difficilement soutenable, les autorités algériennes misent désormais sur un projet présenté comme la réponse la plus réaliste et la plus efficace : la mise en place d’un monorail urbain couvrant une large partie de la capitale.
Selon plusieurs responsables du secteur des transports, cette option s’impose aujourd’hui comme la seule alternative viable pour absorber le flux croissant de déplacements, tout en évitant les coûts exorbitants et les contraintes techniques liées à l’extension du métro souterrain. Le monorail offrirait ainsi une solution intermédiaire, moderne et adaptée à la configuration urbaine complexe d’Alger.
Pour concrétiser ce projet d’envergure, les autorités ont fait appel à l’expertise de l’entreprise chinoise CRCC, un acteur majeur dans la réalisation d’infrastructures de transport à travers le monde. Une étude préliminaire a déjà été finalisée, posant les bases techniques et financières du futur réseau. Les discussions se poursuivent actuellement autour de la signature du contrat d’exécution, tandis que certains aspects restent à affiner, notamment le tracé définitif et la nature exacte de l’infrastructure, qui pourrait être aérienne, au sol ou hybride selon les zones concernées.
Le ministre des Transports, Saïd Sayoud, avait récemment confirmé que le lancement officiel des études détaillées était imminent, laissant entrevoir une accélération du calendrier. D’après des sources proches du dossier, le monorail présente un avantage déterminant : son coût de réalisation est nettement inférieur à celui d’un métro classique, tout en offrant une capacité suffisante pour répondre aux besoins de déplacement de la population.
Le projet prévoit la création d’un réseau d’environ 67 kilomètres, structuré autour de deux grands axes reliant des quartiers stratégiques de la capitale. L’un des parcours reliera le Palais des Expositions à Sidi Abdellah, traversant plusieurs zones résidentielles et administratives en plein essor. Le second axe s’étendra de Baraki à Bir Touta, en passant par El Kalitous, Oued Smar et Bir Mourad Raïs. Ces liaisons permettront de connecter efficacement l’est à l’ouest, mais aussi le sud au reste d’Alger, réduisant considérablement les temps de trajet.
Pensé comme un complément au métro et au tramway existants, le monorail ambitionne de changer les habitudes de déplacement des Algérois. En offrant un service régulier, rapide et fiable, il vise à inciter les usagers à délaisser progressivement la voiture individuelle, principale cause de la saturation des axes routiers. Les stations, pour la plupart surélevées, seront dotées d’équipements modernes, incluant des ascenseurs, des escaliers mécaniques, des caméras de surveillance et des systèmes d’information en temps réel. L’accessibilité des personnes à mobilité réduite figure également parmi les priorités du projet.
Des parkings relais devraient être aménagés à proximité de certaines stations, permettant aux habitants des zones périphériques de stationner leur véhicule avant de poursuivre leur trajet en transport collectif. Cette approche vise à limiter l’entrée massive de voitures dans le centre-ville, tout en facilitant les déplacements quotidiens.
Au-delà de l’aspect purement transport, le monorail est perçu comme un moteur de transformation urbaine. Sa réalisation devrait générer des milliers d’emplois directs et indirects, aussi bien durant la phase de construction qu’au moment de l’exploitation. Il pourrait également stimuler le développement économique des quartiers traversés, en améliorant leur accessibilité et leur attractivité.
Sur le plan environnemental, la réduction du trafic automobile devrait contribuer à la baisse des émissions polluantes et à l’amélioration de la qualité de l’air dans la capitale. À plus long terme, le réseau pourrait être intégré à d’autres infrastructures stratégiques, notamment l’aéroport international d’Alger, renforçant ainsi la cohérence globale du système de transport.
Si ce mode de transport reste encore peu répandu dans le monde arabe, certaines villes ont déjà démontré son efficacité. Des expériences réussies existent notamment à La Mecque et dans la ville du 6 Octobre en Égypte, tandis que des métropoles internationales comme Tokyo, São Paulo ou Las Vegas ont largement adopté le monorail pour faire face à leurs défis urbains. En s’engageant dans cette voie, la capitale de l’Algérie affirme sa volonté de s’inscrire dans une dynamique de modernisation et de durabilité, avec l’ambition de repenser en profondeur la mobilité urbaine pour les décennies à venir.