Le président camerounais Paul Biya a officiellement ratifié un accord bilatéral important avec l’Algérie, visant à instaurer l’exemption mutuelle de visa pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service. Par un décret présidentiel signé le jeudi 29 janvier, le chef de l’État camerounais a entériné le texte initialement signé à Alger le 21 décembre 2024, lors d’une rencontre entre les gouvernements des deux pays. Cette mesure, bien qu’exclusive aux officiels, symbolise une avancée majeure dans le renforcement des relations diplomatiques et institutionnelles entre Yaoundé et Alger.
L’accord précise que seuls les titulaires de passeports diplomatiques et de service bénéficient de cette exemption, tandis que les voyageurs ordinaires continuent d’être soumis aux procédures habituelles de visa. Cette distinction traduit la volonté des deux États de faciliter la mobilité des représentants officiels tout en préservant le cadre réglementaire classique pour les déplacements touristiques ou commerciaux. Pour les diplomates, cette mesure permettra d’accélérer les échanges, de faciliter les missions officielles et de renforcer la coordination dans les domaines de coopération stratégique.
Les relations entre le Cameroun et l’Algérie sont anciennes et diversifiées, remontant à plus de six décennies. Elles couvrent des secteurs variés tels que la défense, l’éducation, l’aviation, le commerce et la coopération diplomatique. Selon les statistiques de l’Institut national de la statistique du Cameroun, le pays a importé 719 600 tonnes de marchandises en provenance d’Algérie en 2022, tandis que les exportations camerounaises vers l’Algérie se sont élevées à 2 700 tonnes sur la même période. Ces chiffres traduisent une relation commerciale dynamique, complétée par des partenariats solides sur les volets politique, militaire et diplomatique.
Lors de la signature initiale de l’accord en décembre 2024, le ministre camerounais des Relations extérieures, Lejeune Mbella Mbella, avait souligné l’importance stratégique de la coopération entre les deux nations face aux défis sécuritaires régionaux : « Comme vous le savez, il n’y a pas de pays dans le monde aujourd’hui qui soit épargné par la montée du terrorisme, et nous pensons que l’Algérie, qui a une expertise dans ce domaine, et le Cameroun, qui n’a ménagé aucun effort pour que son armée et ses institutions militaires et sécuritaires puissent venir à bout de certaines poches de terrorisme, comme Boko Haram, que vous suivez, que vous connaissez et qui commet de multiples actes de violence dans notre pays ». Cette déclaration met en évidence le rôle central de l’Algérie comme partenaire stratégique pour le Cameroun dans la lutte contre le terrorisme et l’instabilité régionale.
Au-delà de la sécurité, cet accord traduit une volonté mutuelle de consolider la diplomatie bilatérale et de faciliter la coopération institutionnelle. L’exemption de visa pour les officiels permettra, par exemple, aux responsables gouvernementaux, diplomates et experts de se déplacer rapidement pour des consultations, des réunions intergouvernementales ou des missions de suivi de projets communs. Elle reflète aussi la confiance et le respect mutuel entre les deux États, qui cherchent à construire une coopération durable sur le long terme.
Les analystes estiment que ce type de mesure pourrait servir de modèle pour d’autres accords régionaux, où la simplification des procédures pour les responsables officiels favorise la fluidité des échanges diplomatiques et administratifs. Dans un contexte international marqué par la montée des tensions sécuritaires et économiques, de tels accords contribuent à stabiliser les relations bilatérales et à créer des opportunités d’échanges renforcés.