La question de l’accord franco-algérien de 1968 refait surface avec insistance dans le débat politique français, sur fond de relations diplomatiques tendues entre Alger et Paris. Face à ce qu’il qualifie de blocage persistant, Sébastien Lecornu a une nouvelle fois plaidé pour une révision en profondeur de ce texte bilatéral, estimant qu’il ne correspond plus aux réalités actuelles ni aux priorités stratégiques de la France. Pour le Premier ministre français, cet accord, qui régit depuis près de six décennies les conditions d’entrée, de séjour et de travail des ressortissants algériens en France, est aujourd’hui considéré comme obsolète et nécessite des ajustements afin de « mieux servir les intérêts de la France ».
Le dossier s’est récemment invité à nouveau dans l’agenda politique français à l’occasion d’un entretien accordé à La Voix du Nord. Interrogé sur l’avenir de l’accord de 1968, Sébastien Lecornu a réaffirmé une position déjà exprimée à plusieurs reprises ces derniers mois. Sans remettre en cause l’existence même du cadre juridique liant les deux pays, il insiste sur la nécessité d’une renégociation, qu’il juge urgente, afin d’adapter le texte aux enjeux migratoires contemporains. Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par des tensions diplomatiques récurrentes entre la France et l’Algérie, notamment autour des questions migratoires, des expulsions et des obligations de quitter le territoire français.
Signé en 1968, au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, l’accord franco-algérien constitue un dispositif spécifique dans le droit français. Il confère aux ressortissants algériens un régime particulier en matière de séjour, de travail et de regroupement familial, distinct de celui appliqué aux autres nationalités. Longtemps présenté comme un symbole de la relation historique entre les deux pays, ce texte est aujourd’hui au cœur de vifs débats politiques en France, où certains responsables estiment qu’il crée un déséquilibre dans la gestion des flux migratoires.
À l’automne dernier, le sujet avait déjà suscité de fortes tensions au sein de la classe politique française. Le Rassemblement national avait alors porté une résolution visant à dénoncer purement et simplement l’accord de 1968, appelant à sa suppression. Sébastien Lecornu s’était opposé à cette approche radicale, privilégiant une voie qu’il juge plus réaliste et diplomatiquement soutenable. Il avait alors affirmé qu’une renégociation constituait une option préférable à une abrogation totale, susceptible de provoquer une rupture durable avec Alger.
Cette ligne demeure inchangée aujourd’hui. Le Premier ministre français insiste sur le fait que le texte ne répond plus aux exigences actuelles de la France, notamment en matière de contrôle migratoire et d’efficacité administrative. Selon lui, le cadre juridique en vigueur ne permet plus d’atteindre les objectifs fixés par les autorités françaises et doit être modernisé. Dans ses déclarations, il met en avant l’idée d’une urgence politique, soulignant la nécessité d’aboutir à des résultats concrets dans un délai rapproché.
Sébastien Lecornu a également rappelé que le principe d’une renégociation avait déjà été évoqué au plus haut niveau de l’État. Il affirme que cette orientation avait été convenue entre les présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron lors de leurs échanges en 2022. À ce titre, il estime que la démarche actuelle s’inscrit dans une continuité diplomatique, même si les discussions n’ont, jusqu’à présent, pas débouché sur des avancées visibles. « Cela entraîne sur la question migratoire la renégociation de l’accord de 1968, comme cela était d’ailleurs convenu entre les présidents Tebboune et Macron en 2022. Celui-ci ne correspond clairement plus à nos intérêts et il y a urgence à aboutir », a-t-il déclaré.
Dans le même registre, le chef du gouvernement français a annoncé que le président Emmanuel Macron devrait prochainement intervenir sur ce dossier sensible. Sans entrer dans les détails, il a évoqué la possibilité de prises de parole ou de mesures concrètes dans les semaines à venir, laissant entendre que l’exécutif entend accélérer le traitement de cette question.
Ces déclarations relancent un débat complexe, à la croisée des enjeux diplomatiques, historiques et migratoires. En Algérie, l’accord de 1968 reste perçu par une partie de l’opinion comme un acquis juridique important pour les ressortissants algériens en France. Toute tentative de remise en cause est généralement accueillie avec méfiance, voire inquiétude, dans un contexte où les relations bilatérales restent marquées par des désaccords récurrents.
Alors que Paris affiche sa volonté de revoir un texte jugé dépassé, Alger observe avec attention l’évolution de ce dossier, conscient des répercussions potentielles sur des milliers de ressortissants algériens. La question de la révision de l’accord franco-algérien de 1968 s’impose ainsi comme l’un des dossiers les plus sensibles de la relation entre les deux pays, révélateur des tensions actuelles et des difficultés à concilier impératifs politiques, intérêts nationaux et héritage historique.