Après avoir menacé la compagnie aérienne nationale algérienne Air Algérie de sanctions et l’Algérie de « riposte graduée », si elle ne reprenait pas ses ressortissants expulsés par la France, le ministre de l’intérieur français Bruno Retailleau a été « dégagé » par le président français Emmanuel Macron.
Alors que Jean-Noël Barrot et Gérald Darmanin s’apprêtent à se rendre en Algérie dans un contexte d’apaisement diplomatique, Bruno Retailleau semble mis sur la touche. L’annonce de la reprise de la coopération migratoire et sécuritaire entre la France et l’Algérie, officialisée par un communiqué conjoint des deux présidents, Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron, marque un tournant dans les relations franco-algériennes. Cette évolution survient après des mois de tensions exacerbées par des déclarations de Retailleau, qui avait plaidé pour une politique de « fermeté » face à Alger, appelant à une « riposte graduée » en matière de visas et de coopération sécuritaire.
Jean-Luc Mélenchon, figure emblématique de La France Insoumise (LFI), n’a pas manqué de commenter cet événement en fustigeant l’attitude de Retailleau. « Macron a dégagé Retailleau des affaires sérieuses », a-t-il ironisé sur les réseaux sociaux. Pour lui, la relation entre la France et l’Algérie est une question d’envergure diplomatique qui ne saurait être gérée par « des provocations de petit politicien ». Le député David Guiraud a renchéri en qualifiant le rôle de Retailleau de « non pertinent », soulignant que l’Algérie n’était plus une colonie française et que les relations entre les deux pays devaient être menées par le président et son ministère des Affaires étrangères, et non par le ministre de l’Intérieur.
De l’autre côté de l’échiquier politique, certaines figures de la droite ont critiqué ce retournement de situation. Eric Ciotti, président des Républicains, a déploré ce qu’il perçoit comme un « recul de la fermeté » face à l’Algérie, affirmant que « les visas seront toujours délivrés par dizaines de milliers et les OQTF (obligations de quitter le territoire français) non exécutées ».
Cette évolution survient après plusieurs mois de crispations, notamment autour de la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, une décision qui avait suscité l’ire d’Alger. D’autres tensions s’étaient accumulées, notamment sur la question du rapatriement des Algériens sous OQTF, l’arrestation de l’écrivain Boualem Sansal, ainsi que la prolifération de discours hostiles à la France dans certains milieux algériens.
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La « riposte graduée » prônée par Retailleau semblait s’inscrire dans une stratégie de confrontation, avec des mesures envisagées comme la réduction des visas octroyés aux ressortissants algériens et le renforcement des pressions diplomatiques. Cependant, cette approche a manifestement été jugée inefficace, conduisant à son écartement au profit d’une stratégie plus conciliante, pilotée directement par l’Élysée et le Quai d’Orsay.
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La visite prochaine de Jean-Noël Barrot et Gérald Darmanin en Algérie devrait permettre de consolider cet apaisement et d’explorer de nouvelles pistes de coopération, notamment sur les questions migratoires et sécuritaires. L’objectif affiché est de renouer un dialogue serein et constructif entre les deux pays, loin des polémiques et des escalades verbales qui avaient marqué les dernières semaines.
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Ce changement de cap, initié directement par Emmanuel Macron, montre une volonté claire de préserver les intérêts diplomatiques de la France en évitant une dégradation durable des relations avec un partenaire stratégique en Afrique du Nord. Si cette décision suscite des critiques en interne, elle pourrait néanmoins ouvrir une nouvelle page dans les relations franco-algériennes, basée sur le dialogue plutôt que sur la confrontation.
Air Algérie : ce qu’avait dit Bruno Retailleau
Pour rappel, Bruno Retailleau, avait ouvertement envisagé des sanctions contre la compagnie aérienne nationale Air Algérie, au début du mois de mars dernier. Invité lundi 3 mars sur BFMTV-RMC, il a affirmé ne s’« interdire rien » concernant d’éventuelles mesures punitives, pointant du doigt le comportement de la compagnie dans le cadre des expulsions de ressortissants algériens en situation irrégulière en France.
Selon Retailleau, Air Algérie imposerait des « exigences supplémentaires et nouvelles » qui compliqueraient les procédures d’expulsion. Il accuse notamment la compagnie de déroger aux accords entre les deux pays en exigeant des laissez-passer consulaires, même pour les personnes possédant des documents d’identité en cours de validité. Cette entrave constituerait, selon lui, un frein volontaire à la mise en œuvre des obligations de quitter le territoire français (OQTF).
Dans une note interne envoyée à ses services à la mi-février, le ministre de l’Intérieur avait instruit les forces de l’ordre de demander systématiquement un document écrit attestant du refus d’embarquement de la part d’Air Algérie. En cas de refus de délivrance de cet écrit, l’identité du chef d’escale devra être relevée. Cette directive vise à établir une trace des entraves mises en place et pourrait servir de base à d’éventuelles sanctions à l’encontre de la compagnie aérienne.