La Banque d’Algérie a pris un tournant significatif en ce début d’année 2026 en publiant une note qui apporte une clarification importante sur le financement des comptes commerciaux, après une période confuse et des réactions vives du monde économique algérien. Depuis le 1er janvier 2026, les commerçants et opérateurs économiques peuvent désormais alimenter leurs comptes non seulement par des moyens de paiement scripturaux comme les virements ou les chèques, mais aussi par des versements en espèces, tant que ces opérations sont cohérentes avec leur chiffre d’affaires quotidien ou hebdomadaire. Cette nouvelle orientation marque une étape importante dans l’évolution des pratiques bancaires en Algérie.
Le contexte de cette annonce trouve ses racines dans une note antérieure, datée du 22 décembre 2025 et adressée aux établissements bancaires, qui avait suscité une vive controverse dans le milieu économique. Cette note n°02/DGIG/2025 avait alors fortement renforcé les restrictions sur les dépôts en espèces dans les comptes commerciaux, en plaçant les paiements scripturaux au centre du dispositif et en ne tolérant les versements en cash que dans des cas exceptionnels et dûment justifiés. L’objectif affiché de cette instruction était de réduire l’exposition du système financier aux risques liés à l’argent liquide, notamment ceux liés au blanchiment de capitaux, au financement du terrorisme et à la prolifération d’armes, des problématiques couvertes par plusieurs textes réglementaires comme le règlement n°24‑03 du 24 juillet 2024 et l’instruction n°03‑24 du 24 novembre 2024.
Cependant, cette restriction avait été perçue comme brutale et trop généralisée, surtout dans une économie où beaucoup d’activités commerciales quotidiennes reposent encore largement sur des flux en espèces. Les banques elles‑mêmes, qui doivent appliquer le devoir de vigilance basé sur le risque, avaient parfois été prises entre la nécessité de conformité et les réalités pratiques de l’activité économique locale. Les commerçants, artisans et petites entreprises avaient exprimé leurs inquiétudes, estimant que les nouvelles directives risquaient de freiner des activités légitimes et essentielles si elles n’étaient pas accompagnées de mesures transitoires ou d’un cadre adapté.
C’est dans ce contexte que la Banque d’Algérie a choisi de revenir sur ces restrictions en publiant une nouvelle note au début du mois de janvier 2026, annulant et remplaçant expressément la note du 22 décembre 2025. Le nouvel avis réaffirme que l’alimentation des comptes commerciaux peut s’opérer par des moyens de paiement scripturaux ou par des versements en espèces, à condition que ces derniers correspondent au niveau d’activité déclaré et soient compatibles avec le profil du client bancaire. Il précise aussi que les mesures de vigilance à l’égard de la clientèle doivent être appliquées selon l’approche fondée sur le risque, telle qu’elle était appliquée avant la publication de la note controversée de décembre.
Dans les faits, cela signifie que les banques peuvent à nouveau accepter des dépôts en espèces sur les comptes commerciaux, sans que cela soit considéré comme une exception « déraisonnable ». Toutefois, l’accent reste mis sur la cohérence des opérations : les sommes déposées doivent être proportionnelles au chiffre d’affaires journalier ou hebdomadaire de l’entreprise, et conformes aux informations que la banque possède sur son client. Cela permet à la fois de répondre aux préoccupations de transparence et de traçabilité, tout en offrant une marge de manœuvre aux opérateurs économiques qui ne disposent pas encore d’une bancarisation complète de leurs flux.
Cette clarification intervient dans une période de transition importante pour la Banque d’Algérie. Elle fait suite à des changements à la tête de la banque centrale, avec le limogeage du gouverneur Salah Eddine Taleb et la nomination de Mouatassem Boudiaf comme gouverneur par intérim, suite à une décision présidentielle. Cette succession pourrait aussi avoir pesé dans la volonté de remettre les directives bancaires sur une base plus équilibrée, conciliant lutte contre les risques financiers et soutien au tissu commercial national.
La décision de début 2026 illustre une volonté de la Banque d’Algérie de concilier modernisation et pragmatisme. Elle reconnaît implicitement que, bien que la réduction progressive de la dépendance au cash soit une tendance globale et un objectif à long terme (certains plans évoquant une société plus dématérialisée d’ici 2028), il est essentiel d’adapter les règles aux réalités économiques du pays.