Fin de mission pour deux conseillers du président Tebboune

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Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a procédé à un nouveau remaniement au sein de son entourage présidentiel en mettant fin aux fonctions de son conseiller chargé des finances, Farid Yaïci. La décision, officialisée dans le Journal officiel n°33 publié le 6 mai 2026, intervient seulement sept mois après sa nomination à la présidence de la République.

Le décret présidentiel, daté du 2 mai, retire à Farid Yaïci l’ensemble des dossiers stratégiques qu’il supervisait depuis son arrivée à El Mouradia. Son portefeuille couvrait des secteurs centraux de la politique économique de l’État algérien : finances publiques, système bancaire, budget de l’État, réserves de change, marchés publics, paiements internationaux et suivi des grands équilibres financiers du pays.

Cette éviction rapide surprend dans les milieux économiques et politiques algériens, tant les missions confiées à Yaïci étaient sensibles. Son rôle consistait notamment à accompagner la présidence dans le suivi des recettes issues des hydrocarbures, la gestion des dépenses publiques, les orientations budgétaires et les arbitrages économiques dans un contexte marqué par les fluctuations du marché énergétique mondial et les défis de diversification économique.

Farid Yaïci avait été nommé le 6 octobre 2025 dans le cadre d’une série de nominations présidentielles visant à renforcer le cabinet de Tebboune avec des profils technocratiques. Lors de cette même vague, Mohamed Hammouche avait été nommé conseiller chargé des affaires juridiques et judiciaires, tandis que Nasreddine Ben Tifour avait reçu les dossiers liés à l’éducation, l’enseignement supérieur, la formation professionnelle et la culture.

Économiste de formation, docteur en sciences économiques et professeur universitaire à Béjaïa, Yaïci était perçu comme un cadre issu de l’appareil d’État. Avant son arrivée à la présidence, il avait occupé plusieurs fonctions au sein du ministère de la Prospective, de la Banque d’Algérie ainsi qu’au ministère de l’Industrie. Son profil académique et institutionnel lui avait permis de se construire une image de technocrate discret, spécialisé dans les questions macroéconomiques et monétaires.

Sur le plan doctrinal, Farid Yaïci défendait une approche qualifiée de « réformisme prudent ». Il soutenait certaines réformes économiques tout en restant attaché à la ligne officielle défendue par les autorités algériennes. Il s’était notamment opposé à une convergence rapide entre le taux de change officiel du dinar et celui du marché parallèle, une question particulièrement sensible dans le débat économique algérien.

Il plaidait également pour la création d’un fonds souverain national afin de mieux valoriser les revenus énergétiques du pays et de préparer l’après-pétrole. Cette idée revenait régulièrement dans les discussions autour de la modernisation de la gestion financière de l’État algérien, notamment dans un contexte où les autorités cherchent à sécuriser les réserves de change et à réduire la dépendance budgétaire aux hydrocarbures.

Le départ de Yaïci intervient dans un mouvement plus large de réorganisation de l’entourage présidentiel. Quelques jours avant son éviction, un autre décret présidentiel daté du 29 avril avait déjà mis fin aux fonctions de Mohamed Hammouche, chargé des affaires juridiques et judiciaires. Là aussi, aucune explication officielle n’a été fournie par la présidence.

Le Journal officiel annonce également la fin de mission de Souad Ouled Diaf, qui occupait un poste administratif au sein de la présidence. Ces trois départs rapprochés traduisent une nouvelle recomposition du premier cercle entourant Tebboune.

Comme souvent dans le fonctionnement interne de la présidence algérienne, les changements ont été publiés de manière sobre, sans conférence de presse ni communiqué détaillé. Aucun motif n’a été avancé officiellement concernant ces évictions, et les noms des successeurs n’ont pas encore été dévoilés.

Cette série de mouvements intervient alors que la cellule économique de la présidence connaît déjà plusieurs ajustements depuis le début de l’année 2026. Deux mois auparavant, Kortal Farid avait été nommé conseiller économique auprès du chef de l’État, rejoignant notamment Amine Mazouzi, chargé des questions énergétiques.

Ces changements successifs alimentent les interrogations sur l’organisation interne du palais présidentiel et sur les orientations économiques qui seront privilégiées dans les prochains mois. Ils interviennent aussi dans une période importante pour l’économie algérienne, marquée par les enjeux liés aux réserves de change, à la réforme bancaire, à l’investissement étranger et à la gestion des revenus énergétiques.

Pour plusieurs observateurs, cette instabilité au sein du cercle des conseillers économiques reflète également les difficultés du pouvoir à stabiliser une stratégie économique claire et durable dans un environnement régional et international particulièrement mouvant.