Les échanges commerciaux entre l’Algérie et la France connaissent à leur tour les effets du contexte difficile qui marque les relations entre les deux pays. En 2025, la valeur des exportations françaises à destination du marché algérien a diminué d’environ 600 millions d’euros, passant de 4,8 milliards d’euros en 2024 à près de 4,2 milliards d’euros, selon une comparaison des données publiées par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères.
Cette baisse intervient après une année 2024 durant laquelle les exportations françaises vers l’Algérie avaient pourtant progressé de 6,6 %. Le recul observé en 2025 ne concerne donc pas seulement un secteur particulier, mais intervient dans un contexte plus large marqué par l’évolution des relations politiques, la transformation de la structure des importations algériennes et la volonté d’Alger de diversifier ses partenaires économiques.
Pour l’économiste Othmane Athamnia, plusieurs facteurs permettent d’éclairer cette évolution. Il estime notamment que la dégradation du climat politique entre Alger et Paris a pu contribuer à renforcer l’incertitude chez les opérateurs économiques, sans pour autant constituer l’unique explication à la diminution des exportations françaises.
Une baisse qui touche plusieurs secteurs
L’un des éléments mis en avant par l’économiste concerne la nature des produits concernés. Selon son analyse, le recul des exportations françaises s’est manifesté dans plusieurs catégories de marchandises destinées au marché algérien, notamment les équipements liés à l’industrie automobile, les machines, les produits chimiques, les produits pharmaceutiques ainsi que certains produits alimentaires.
Cette évolution se distingue de la structure des exportations algériennes vers la France, dans lesquelles les hydrocarbures occupent une place importante. Pour ces produits, la valeur des échanges peut fortement varier en fonction des cours internationaux du pétrole et du gaz, sans que ces fluctuations correspondent nécessairement à une évolution comparable des volumes exportés.
La situation est différente pour une partie importante des marchandises françaises importées en Algérie. Une diminution de leur valeur peut davantage traduire une baisse des achats effectués par les opérateurs algériens, en fonction de leurs besoins, des conditions d’importation et de l’évolution de la production locale.
Le contexte politique pèse sur les échanges
La question du climat politique entre les deux pays occupe une place importante dans l’analyse d’Othmane Athamnia. L’expert considère que la stabilité des relations bilatérales et la visibilité offerte aux entreprises constituent des éléments déterminants pour le développement des échanges commerciaux et des investissements.
Les relations entre l’Algérie et la France ont traversé une période particulièrement tendue entre juillet 2024 et février 2026. Dans ce contexte, les entreprises des deux pays ont dû évoluer dans un environnement marqué par davantage d’incertitudes concernant l’évolution des relations bilatérales.
Selon l’économiste, le rapprochement des échanges commerciaux avec les périodes de tension politique laisse apparaître une concomitance entre les deux phénomènes. Il souligne toutefois que cette corrélation ne permet pas, à elle seule, d’attribuer l’intégralité de la baisse des exportations françaises au facteur politique.
Pour les entreprises, le niveau de visibilité sur les politiques commerciales, les conditions d’importation ou encore les perspectives de coopération peut en effet influencer les décisions d’achat et d’investissement. Une période d’incertitude peut ainsi conduire certains opérateurs à différer des projets ou à rechercher d’autres fournisseurs et partenaires.
L’Algérie poursuit la diversification de ses partenaires
Un autre élément avancé par l’économiste concerne la stratégie de diversification des partenaires commerciaux engagée par l’Algérie. Le pays cherche à élargir ses relations économiques à différents marchés et à développer des partenariats permettant notamment de favoriser les investissements et le transfert de technologies.
Cette orientation vise également à réduire la dépendance à un nombre limité de fournisseurs étrangers. Pour Alger, la diversification des partenaires peut permettre d’élargir les possibilités d’approvisionnement et de négocier de nouvelles formes de coopération dans plusieurs secteurs.
Dans cette évolution, la France conserve des liens économiques importants avec l’Algérie, mais la place qu’elle occupait historiquement dans les échanges bilatéraux évolue progressivement dans un environnement commercial devenu plus concurrentiel.
Le recul enregistré en 2025 doit ainsi être observé dans le cadre plus large de la transformation des relations économiques de l’Algérie avec ses différents partenaires, plutôt que comme le résultat d’un seul facteur.
La production locale réduit certains besoins d’importation
Le développement de la production nationale constitue également une piste avancée par Othmane Athamnia pour expliquer une partie de la baisse des exportations françaises.
L’économiste cite notamment le secteur pharmaceutique, dans lequel l’augmentation de la production locale permet de couvrir une part plus importante des besoins du marché algérien. Lorsque certains produits auparavant importés peuvent désormais être fabriqués en Algérie, les besoins d’approvisionnement auprès de fournisseurs étrangers peuvent mécaniquement diminuer.
Cette dynamique s’inscrit dans la volonté des autorités algériennes de soutenir la production nationale et de réduire progressivement la dépendance aux importations dans plusieurs filières. Le développement de l’industrie locale constitue également un axe de la politique visant à diversifier l’économie au-delà des hydrocarbures.
Pour les fournisseurs étrangers, cette évolution signifie que l’accès au marché algérien peut progressivement dépendre davantage de leur capacité à participer à l’investissement local, au transfert de savoir-faire ou à la constitution de chaînes de production sur place.
Les nouvelles règles d’importation jouent également un rôle
Enfin, les mesures mises en place par les autorités algériennes dans le domaine du commerce extérieur sont également citées parmi les facteurs susceptibles d’avoir contribué au recul des exportations françaises.
Le programme d’importation prévisionnelle oblige notamment les opérateurs concernés à communiquer des estimations de leurs besoins en matière d’importation. Plus largement, les dispositifs visant à encadrer les importations et à favoriser la production nationale peuvent avoir une incidence directe sur les volumes de marchandises achetés à l’étranger.
Ces mécanismes peuvent donc affecter les fournisseurs des différents pays partenaires de l’Algérie, y compris les entreprises françaises.
La baisse de près de 600 millions d’euros enregistrée en 2025 apparaît ainsi comme le résultat de plusieurs évolutions simultanées : un contexte politique plus tendu, la diversification progressive des partenaires commerciaux, l’augmentation de la production nationale dans certains secteurs et le renforcement de l’encadrement des importations.
Les relations économiques entre Alger et Paris restent néanmoins marquées par un volume d’échanges important. La question est désormais de savoir dans quelle mesure l’amélioration ou la dégradation du climat bilatéral, combinée aux transformations de l’économie algérienne, pourrait influencer la trajectoire des échanges commerciaux au cours des prochaines années.