La question des expulsions d’Algériens en situation irrégulière revient au cœur des tensions entre Paris et Alger. Ce jeudi, le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez a confirmé publiquement la reprise des reconduites vers l’Algérie après plusieurs mois de blocage diplomatique entre les deux pays. Une annonce qui intervient dans un contexte particulièrement sensible, alors que les relations franco-algériennes restent fragiles malgré les tentatives d’apaisement engagées depuis plusieurs semaines.
Invité sur les médias français CNews et Europe 1, Laurent Nuñez a reconnu que les expulsions avaient bel et bien repris depuis son déplacement en Algérie à la mi-février. Selon lui, plus de 140 ressortissants algériens en situation irrégulière ont déjà été reconduits vers l’Algérie depuis le début de l’année 2026.
« Depuis que je suis allé en Algérie, c’est reparti », a affirmé le ministre français, en précisant que les autorités algériennes avaient recommencé à délivrer des laissez-passer consulaires, indispensables pour procéder aux expulsions.
Le ministre a également indiqué que « 120 laissez-passer » avaient été délivrés récemment, permettant ainsi aux autorités françaises d’accélérer les procédures de reconduite. Tout en saluant cette reprise de coopération, Laurent Nuñez a estimé que les chiffres restaient insuffisants.
« Évidemment, il faut qu’on fasse mieux, il faut qu’on fasse plus », a-t-il déclaré, affichant clairement la volonté de Paris d’augmenter le rythme des expulsions dans les prochains mois.
Cette reprise marque un tournant après près d’une année de tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie. Depuis l’été 2024, les relations entre les deux pays s’étaient fortement dégradées après la reconnaissance officielle par Paris de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, une décision qui avait provoqué une vive colère à Alger.
Dans ce climat tendu, la coopération consulaire entre les deux États avait pratiquement été gelée. Les autorités algériennes avaient fortement réduit la délivrance des laissez-passer consulaires nécessaires aux expulsions, bloquant de nombreuses procédures engagées par la France.
Plusieurs associations françaises de défense des migrants avaient d’ailleurs dénoncé cette situation ces derniers mois. Fin mars, l’association La Cimade avait déjà affirmé que les expulsions avaient discrètement repris, même si le ministère français de l’Intérieur n’avait encore fait aucune déclaration officielle jusqu’à aujourd’hui.
Laurent Nuñez a également évoqué la situation dans les centres de rétention administrative en France. Selon lui, les ressortissants algériens représentent aujourd’hui une part très importante des personnes placées en rétention.
« Un peu plus de 700 Algériens sont actuellement retenus sur environ 2 000 places disponibles », a-t-il expliqué, soit près de 30 à 40 % des personnes concernées.
Le ministre français souhaite désormais aller plus loin. Il a notamment évoqué la possibilité de mettre en place des « vols groupés », c’est-à-dire des expulsions collectives organisées à bord d’un même avion. Une pratique déjà utilisée par plusieurs pays européens mais qui reste politiquement sensible dans les relations entre Paris et Alger.
Cette nouvelle séquence illustre aussi le changement de ton opéré par Laurent Nuñez depuis son arrivée place Beauvau. Contrairement à son prédécesseur Bruno Retailleau, connu pour ses déclarations très dures contre Alger, Nuñez tente d’afficher une stratégie davantage axée sur le dialogue et l’apaisement diplomatique.
« On va poursuivre dans ce dialogue existant avec l’Algérie », a assuré le ministre français.
Ce positionnement tranche avec les tensions extrêmement fortes observées ces derniers mois entre certains responsables politiques français et les autorités algériennes. Plusieurs dossiers sensibles avaient alors empoisonné les relations bilatérales, notamment la question migratoire, le Sahara occidental ou encore les critiques récurrentes autour des accords franco-algériens de 1968.
Du côté algérien, aucune réaction officielle n’a encore été publiée après les déclarations de Laurent Nuñez. Mais ce dossier reste particulièrement sensible dans l’opinion publique des deux côtés de la Méditerranée.
La reprise des expulsions pourrait ainsi devenir un nouveau sujet de crispation politique, surtout si Paris décide d’accélérer les reconduites dans les prochains mois. D’autant que la question migratoire occupe désormais une place centrale dans le débat politique français à l’approche des prochaines échéances électorales.
En parallèle, plusieurs organisations de défense des droits humains continuent de dénoncer les conditions de rétention et les procédures d’expulsion, estimant que certains migrants se retrouvent dans des situations administratives et sociales extrêmement précaires.