La remise d’une photocopie de la carte nationale d’identité ou du passeport fait partie des démarches régulièrement demandées aux clients lors de leur arrivée dans des hôtels en Algérie. Mais cette habitude, souvent considérée comme une simple formalité administrative, peut exposer les voyageurs à des risques d’utilisation frauduleuse de leurs données personnelles. L’avocat algérien Nadjib Bitam tire la sonnette d’alarme et appelle les établissements à revoir leurs pratiques.
Lors d’une intervention sur la chaîne Echorouk TV, le juriste a dénoncé le recours systématique aux copies des documents d’identité, estimant que cette méthode reste largement ancrée dans les habitudes administratives malgré le développement des outils numériques. Selon lui, des démarches parfois simples continuent d’entraîner la collecte et la conservation de documents contenant des informations personnelles sensibles.
L’avocat affirme être lui-même régulièrement confronté à cette situation lors de ses séjours à l’hôtel. À chaque arrivée, explique-t-il, les établissements lui demandent une copie de sa pièce d’identité. Il souligne que certains hôtels peuvent ainsi conserver des centaines de photocopies de son document au fil de ses passages.
Pour Nadjib Bitam, le problème ne se limite pas au caractère répétitif de cette formalité. La multiplication des copies et leur conservation dans différents établissements soulèvent également des questions concernant la protection des données personnelles. Une fois reproduites, ces informations peuvent en effet échapper au contrôle de leur propriétaire, notamment si les documents sont mal conservés ou accessibles à des personnes non autorisées.
Le juriste met particulièrement en garde contre le risque d’usurpation d’identité. Il cite notamment le cas de photocopies susceptibles d’être utilisées à l’insu de leurs propriétaires pour acheter des cartes SIM. Une telle utilisation pourrait associer le nom d’une personne à des démarches ou à des activités qu’elle n’a jamais entreprises.
Les conséquences peuvent être particulièrement lourdes lorsque l’identité d’un innocent est utilisée dans le cadre d’une fraude. L’avocat rappelle que des affaires judiciaires graves peuvent être compliquées par l’utilisation frauduleuse de documents personnels, évoquant notamment des dossiers liés au terrorisme. Son avertissement vise à souligner les risques potentiels auxquels s’exposent les personnes qui laissent circuler des copies de leurs pièces d’identité sans précaution.
Face à cette situation, Nadjib Bitam propose une autre méthode aux établissements hôteliers. Au lieu de conserver systématiquement une photocopie complète du document, il recommande de recueillir les informations nécessaires à l’identification du client, notamment ses nom et prénom, son numéro d’identification national et le numéro de sa carte d’identité.
Selon cette approche, les hôtels pourraient disposer des renseignements utiles à la gestion de leurs clients sans multiplier les reproductions de documents officiels. Cette solution permettrait, d’après l’avocat, de limiter les risques liés à la conservation des photocopies tout en maintenant les informations nécessaires en cas de difficulté.
Le juriste appelle ainsi les établissements concernés à abandonner la demande systématique de copies des cartes nationales d’identité. Son intervention relance plus largement la question des pratiques administratives qui conduisent à collecter des données personnelles sans que leur conservation soit toujours suffisamment encadrée.
Pour les clients, l’avocat recommande une précaution simple lorsque la remise d’une photocopie est maintenue : barrer le document au stylo avant de le transmettre. Il explique appliquer lui-même cette méthode lorsqu’un hôtel lui demande une copie de sa pièce d’identité.
Cette précaution vise à limiter la possibilité de réutiliser le document pour une autre démarche. Il reste toutefois important de préciser qu’une copie barrée n’offre pas une protection absolue contre toutes les formes de fraude et que son efficacité dépend notamment des informations qui demeurent lisibles et des conditions dans lesquelles elle est conservée.
L’avertissement de Nadjib Bitam met ainsi en lumière un enjeu concret pour les voyageurs en Algérie : la protection de leurs données personnelles lors des démarches d’hébergement. Au-delà des hôtels, l’avocat évoque également des pratiques similaires dans certains bureaux de poste et établissements bancaires, où des photocopies peuvent être réclamées pour diverses opérations.
Son message repose sur un principe de prudence : limiter autant que possible la circulation des copies de documents d’identité et éviter qu’elles puissent être utilisées à d’autres fins que celles prévues. Pour les hôtels, cela passe par une réévaluation des informations réellement nécessaires à l’accueil des clients. Pour les voyageurs, il s’agit de rester vigilants avant de remettre une reproduction de leur carte nationale d’identité ou de leur passeport.