L’Algérie met en place une nouvelle solution pour mettre fin au marché informel

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La lutte contre le marché informel reste une priorité pour l’État algérien, qui cherche à canaliser les fonds circulant hors des circuits officiels tout en modernisant le tissu économique national. Selon les derniers chiffres de la Banque centrale, malgré un léger recul ces dernières années, près d’un tiers de la masse monétaire continue d’évoluer en dehors du système bancaire, et la part de l’économie non-observée demeure importante dans l’activité économique globale. Ce constat souligne à quel point le défi de l’inclusion financière et de la formalisation des activités économiques est crucial pour installer le pays sur une trajectoire durable de développement et de modernisation.

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a récemment rappelé lors d’une interview que la démarche de l’État ne repose pas sur la seule contrainte ou coercition. Il a affirmé que pour faire avancer économiquement le pays, « il faut que l’économie parallèle disparaisse et devienne réelle, pour générer des impôts et des revenus pour l’État et créer des emplois réels ». Selon lui, l’objectif est de convaincre progressivement les acteurs économiques, en s’appuyant sur l’éducation financière, la persuasion et des mesures économiques structurantes, plutôt que de punir systématiquement. Cette approche vise notamment à distinguer l’informel de survie, qui représente un palliatif économique pour certains, de l’informel de prédation ou lié à des pratiques de blanchiment ou de fraude.

Dans cette logique, plusieurs initiatives ont été lancées au début de l’année 2026 pour orienter l’épargne et les activités vers le circuit formel. Parmi celles-ci, le Trésor public a émis un emprunt souverain inédit, sous forme de Sukuk, d’une valeur globale de près de 300 milliards de dinars, visant à mobiliser l’épargne domestique, y compris celle des particuliers. Cette opération, qui offre un rendement annuel de 6 % et une garantie souveraine, est conçue pour canaliser une partie des fonds non déclarés vers le secteur bancaire et les circuits économiques officiels. Selon les autorités, un tel dispositif pourrait également instaurer de nouvelles habitudes financières et réduire la thésaurisation et les transactions hors circuits officiels, contribuant ainsi à un environnement économique plus transparent et sécurisé.

Parallèlement, un dispositif exceptionnel de régularisation fiscale volontaire a été mis en place. Il permet aux personnes physiques ou morales en situation irrégulière vis-à-vis de l’administration fiscale de régulariser leur situation par une déclaration simplifiée. Le montant déclaré est soumis à une imposition unique au taux de 8 %, sans application de sanctions fiscales et sans risque de poursuites ultérieures. Ce mécanisme offre une solution pragmatique pour intégrer les acteurs de l’économie informelle dans le cadre légal, tout en simplifiant les procédures administratives et en encourageant la régularisation volontaire.

Enfin, la stratégie nationale vise également à renforcer l’infrastructure monétique et interbancaire, en favorisant les paiements électroniques pour réduire la dépendance au cash, connu pour ses risques de fraude et de blanchiment. L’accent est mis sur une adoption progressive et volontaire, avec un accompagnement et une sensibilisation des commerçants et des citoyens, plutôt que sur une coercition directe. L’idée est de créer un climat de confiance, dans lequel les transactions numériques deviennent une norme, contribuant ainsi à la formalisation et à la sécurisation de l’économie de l’Algérie.

L’ensemble de ces initiatives illustre la volonté de l’État d’installer un équilibre entre contrôle, accompagnement et incitation. L’objectif est double : réduire l’informel et accroître la contribution des citoyens à l’économie nationale, tout en offrant des solutions pratiques et incitatives pour transformer progressivement l’épargne et les activités non déclarées en ressources productives et en opportunités d’emploi. Cette approche graduelle et ciblée, combinant mesures financières, dispositifs de régularisation et modernisation de l’infrastructure bancaire, pourrait constituer un tournant majeur dans la formalisation de l’économie algérienne et dans la lutte contre le blanchiment et la thésaurisation informelle.