Quelle est la situation du tourisme en Algérie ?

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L’Algérie dispose de nombreux atouts pour devenir une destination de tourisme de premier plan. Entre le littoral méditerranéen, les paysages du Sahara, les sites archéologiques, les villes historiques et les régions montagneuses, le pays possède une diversité rare. Pourtant, malgré les investissements engagés et les ambitions affichées par les autorités, le tourisme algérien peine encore à transformer ces richesses en une activité économique pleinement développée.

Le secteur figure désormais parmi les axes que les pouvoirs publics souhaitent renforcer pour diversifier l’économie nationale et réduire progressivement la dépendance aux hydrocarbures. En juillet 2026, le président Abdelmadjid Tebboune a chargé la ministre du Tourisme d’élaborer un plan d’action consacré au développement de la destination Algérie et à la promotion du tourisme intérieur. L’objectif est de mieux exploiter les ressources du pays tout en améliorant les conditions d’accueil des visiteurs.

Les ambitions sont importantes. Le plan d’action couvrant la période 2026-2028 vise notamment à porter la fréquentation touristique à huit millions de visiteurs à l’horizon 2029. Mais cet objectif suppose de dépasser le stade des annonces et de mettre en place une offre capable de répondre aux attentes des touristes algériens et étrangers.

Le premier avantage de l’Algérie réside dans la variété de ses paysages. Sur la côte, les plages de la Méditerranée attirent chaque été de nombreuses familles, notamment dans les wilayas de Béjaïa, Jijel, Skikda, Annaba, Tipaza et Tlemcen. Les régions montagneuses, en particulier en Kabylie et dans les Aurès, disposent également d’un potentiel pour les séjours en pleine nature, la randonnée et le tourisme culturel.

Le patrimoine historique constitue un autre levier. Alger et sa Casbah, les vestiges romains de Tipaza et de Djemila, les monuments de Tlemcen ou encore les paysages culturels de la vallée du M’Zab offrent des possibilités de découverte qui restent encore insuffisamment valorisées à l’échelle internationale. À cela s’ajoute le Sahara, dont les paysages, les formations rocheuses et les traditions locales attirent une clientèle à la recherche d’expériences différentes des circuits touristiques classiques.

Le tourisme saharien fait d’ailleurs partie des segments sur lesquels les autorités souhaitent concentrer leurs efforts. Djanet, Tamanrasset et d’autres destinations du Sud peuvent contribuer à attirer davantage de visiteurs étrangers, à condition de garantir une organisation fiable des séjours, un accompagnement adapté et une promotion efficace auprès des marchés internationaux. Selon des chiffres relayés par la Radio algérienne en avril 2026, les régions du Sud ont accueilli environ 470 000 visiteurs durant la saison saharienne 2025-2026, dont près de 47 000 touristes étrangers. Ces données illustrent l’intérêt de cette activité, même si elles ne représentent qu’une partie de la fréquentation touristique nationale.

Sur le plan des infrastructures, plusieurs projets sont annoncés ou entrés en exploitation. D’après les données communiquées par le secteur, 74 projets touristiques ont commencé à fonctionner en 2025, représentant une capacité supplémentaire de 8 265 lits et la création de 2 430 emplois. Pour 2026, les prévisions font état de 148 projets supplémentaires, qui pourraient apporter 15 737 lits et générer plus de 6 300 emplois. Ces chiffres correspondent à des objectifs annoncés pour l’année et ne doivent donc pas être considérés comme des réalisations déjà achevées.

Le développement des capacités d’hébergement reste en effet essentiel pour accueillir davantage de visiteurs dans de bonnes conditions. Mais construire de nouveaux hôtels ne suffit pas à rendre une destination attractive. La qualité des prestations, la disponibilité des transports, la facilité des réservations, la transparence des tarifs et la formation du personnel jouent également un rôle déterminant dans l’expérience des voyageurs.

C’est précisément sur ces aspects que le tourisme algérien doit encore progresser. Pour un visiteur étranger, organiser un séjour implique de pouvoir trouver facilement des informations fiables, comparer les offres, réserver un hébergement et planifier ses déplacements. L’accessibilité des services numériques, la visibilité des établissements sur les plateformes de réservation et la qualité de la communication à destination des touristes constituent ainsi des enjeux importants.

La promotion internationale représente un autre défi. L’Algérie demeure moins présente que plusieurs destinations concurrentes dans les circuits touristiques mondiaux. Son image reste souvent associée à d’autres sujets que les vacances, alors que son patrimoine naturel et culturel pourrait intéresser différents profils de voyageurs. Développer cette visibilité suppose une stratégie cohérente, des campagnes ciblées et une coopération entre les autorités, les professionnels du tourisme, les transporteurs, les agences de voyages et les acteurs culturels.

Le tourisme intérieur constitue, lui aussi, un enjeu majeur. Les vacances d’été génèrent une forte mobilité des familles algériennes vers les villes côtières, mais l’activité reste marquée par une saisonnalité importante. La valorisation des montagnes, des sites historiques, des stations thermales et des destinations sahariennes pourrait contribuer à répartir les séjours sur une plus grande partie de l’année. Cette diversification permettrait également de créer des emplois plus durables et de soutenir l’économie locale au-delà de la période estivale.

La question des prix et du rapport entre le coût et la qualité des prestations reste tout aussi importante. Pour que les familles puissent découvrir davantage les régions du pays, l’offre doit être suffisamment accessible et diversifiée. Des hébergements adaptés à différents budgets, des transports pratiques et des activités clairement organisées peuvent favoriser les séjours sans nécessairement dépendre de grands complexes touristiques.

Enfin, le développement du secteur doit s’accompagner d’une protection des sites naturels et historiques. L’attractivité du littoral, du Sahara et des espaces montagneux dépend aussi de leur préservation. Une croissance touristique mal organisée risquerait de fragiliser les paysages et les patrimoines qui constituent précisément l’un des principaux atouts de l’Algérie.

Le pays se trouve ainsi face à un défi central : transformer un potentiel largement reconnu en une offre touristique accessible, visible et compétitive. Les investissements annoncés, la modernisation des services et la promotion du tourisme intérieur peuvent contribuer à cette évolution. Mais l’atteinte des objectifs fixés dépendra surtout de la capacité à améliorer concrètement l’accueil, la qualité des prestations et l’organisation des séjours.

L’Algérie ne manque donc ni de paysages ni de patrimoine. Le véritable enjeu consiste désormais à faire de ces richesses une destination plus facile à découvrir, aussi bien pour les citoyens que pour les visiteurs étrangers.