La question de l’accueil des étudiants étrangers revient au cœur du débat public en France. À la lumière des derniers chiffres de l’immigration pour l’année 2025, l’exécutif français envisage une révision de sa politique en matière de visas étudiants et d’accès aux universités. Sans annoncer de mesures immédiates, le gouvernement évoque désormais une orientation plus sélective, dans un contexte politique et budgétaire de plus en plus tendu.
C’est à l’issue du Conseil des ministres du mercredi 27 janvier 2026 que la porte-parole du gouvernement, Maud Brégeon, a levé le voile sur cette réflexion en cours. Selon elle, l’exécutif souhaite engager un travail visant à « renforcer la sélectivité » des étudiants étrangers admis sur le territoire français. Une mission qui devrait être pilotée par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, sous l’autorité directe du Premier ministre et du président de la République.
Si aucun dispositif concret n’a encore été présenté, le calendrier annoncé est relativement proche. La réflexion devrait s’amorcer « dans les prochains jours et les prochaines semaines », avec pour objectif affiché une meilleure adéquation entre l’accueil des étudiants étrangers et les capacités réelles des universités françaises. Le gouvernement insiste sur la notion d’« efficacité », laissant entendre que l’enjeu n’est pas uniquement migratoire, mais aussi académique et organisationnel.
Cette prise de position intervient dans un contexte marqué par la publication des données officielles de la Direction générale des étrangers en France (DGEF). En 2025, 384 230 premiers titres de séjour ont été délivrés, soit une augmentation de 11 % par rapport à l’année précédente. Parmi eux, les titres accordés pour motif étudiant occupent une place centrale, avec 118 000 autorisations, confirmant que les étudiants étrangers constituent toujours le premier motif d’entrée régulière sur le territoire.
Dans le même temps, d’autres indicateurs attirent l’attention de l’exécutif. Les titres délivrés pour raisons humanitaires ont connu une progression spectaculaire, avec une hausse de 65 %, tandis que les demandes d’asile enregistrent une légère baisse. Les régularisations, quant à elles, sont en recul. Autant d’éléments qui nourrissent le débat politique autour de la maîtrise des flux migratoires.
Face à ces chiffres, le gouvernement se veut prudent. Maud Brégeon a appelé à ne pas « tirer de conclusions hâtives », rappelant que les discussions portent avant tout sur l’adaptation du système d’accueil aux besoins des établissements d’enseignement supérieur. L’idée serait notamment de mieux cibler les formations proposées, en tenant compte des capacités d’encadrement et des débouchés économiques.
Une autre piste évoquée concerne les filières dites prioritaires, en lien avec les besoins du marché du travail français. Sans entrer dans les détails, l’exécutif laisse entendre qu’une réflexion globale sur l’immigration étudiante pourrait s’inscrire dans une logique plus large de politique économique. À ce stade, aucun projet de texte, ni réduction chiffrée du nombre de visas étudiants, n’a été officiellement annoncé.
Cette orientation vers une sélection accrue ne constitue toutefois pas une rupture totale. Depuis plusieurs années déjà, les conditions d’accueil des étudiants étrangers ont évolué. En 2018, la hausse des frais d’inscription pour les étudiants extra-européens avait marqué un tournant, suscitant de vives réactions dans le monde universitaire. Plus récemment, le projet de loi de finances pour 2026 prévoit la suppression des aides personnalisées au logement (APL) pour les étudiants étrangers hors Union européenne ne bénéficiant pas d’une bourse.
Ces mesures successives traduisent une tendance de fond : celle d’un durcissement progressif, souvent indirect, des conditions de séjour et de vie des étudiants étrangers en France. Pour de nombreux observateurs, la réflexion actuelle pourrait ainsi s’inscrire dans la continuité de ces choix, même si le gouvernement affirme vouloir avancer avec méthode et sans précipitation.
Reste à savoir si cette future sélectivité se traduira par des critères académiques plus stricts, une réorientation vers certaines disciplines, ou une réduction globale du nombre d’admissions. Une chose est certaine : pour les étudiants étrangers, et notamment algériens, la France semble entrer dans une nouvelle phase de réflexion sur son modèle d’accueil universitaire.