Visa pour Algériens : tout comme les USA, une caution instaurée par la France ?

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L’idée d’instaurer une caution financière pour l’obtention d’un visa refait surface en Europe, et plus particulièrement en France, à la faveur d’un durcissement annoncé de la politique migratoire américaine. Les États-Unis viennent en effet de décider la mise en place d’un système de caution applicable aux ressortissants de 38 pays, parmi lesquels figurent des pays d’Afrique du Nord, dont l’Algérie. Cette mesure, présentée comme un outil de dissuasion contre les dépassements de séjour, suscite déjà de nombreux débats, y compris de ce côté-ci de l’Atlantique.

Dans une publication largement relayée sur LinkedIn, Fernand Gontier, ancien directeur de la police aux frontières française, a apporté un éclairage précis sur cette évolution et sur les pistes qu’elle pourrait ouvrir en Europe. Selon lui, le principe de la caution repose sur une logique simple : le demandeur de visa verse une somme avant la délivrance du document, somme qui peut être conservée par l’État d’accueil si certaines règles ne sont pas respectées. Parmi les cas évoqués figurent le dépassement de la durée légale de séjour, la demande de régularisation une fois sur le territoire ou encore le dépôt d’une demande d’asile après une entrée initialement autorisée pour un court séjour.

Aux États-Unis, cette mesure s’inscrit dans une stratégie assumée de contrôle renforcé de l’immigration légale, perçue comme l’une des principales portes d’entrée vers l’irrégularité. Les autorités américaines estiment en effet qu’une part importante des personnes en situation illégale ne franchissent pas les frontières clandestinement, mais arrivent avec des visas valides avant de rester au-delà de la période autorisée. La caution est donc pensée comme un levier financier incitant au respect strict des conditions du visa.

En Europe, et plus précisément dans l’espace Schengen, la situation est comparable sur le fond, même si les outils juridiques diffèrent. Les demandes de visas sont déjà soumises à des exigences strictes : justificatifs de ressources, assurance médicale, preuve d’hébergement, billet de retour et garanties de réinsertion dans le pays d’origine. Malgré cela, le phénomène des dépassements de séjour persiste, alimentant le nombre de personnes en situation irrégulière sur le territoire européen.

Pour Fernand Gontier, ce constat met en évidence les limites du dispositif actuel. Il souligne que de nombreux étrangers entrent légalement en Europe avant de s’y maintenir plusieurs mois, voire plusieurs années, sans titre de séjour valide. Or, les textes européens qui encadrent le régime des visas ne prévoient à ce stade aucun mécanisme de caution financière. Une lacune qui, selon lui, mérite d’être examinée à la lumière des expériences étrangères.

L’ancien responsable de la police aux frontières estime qu’un système de caution pourrait offrir plusieurs avantages. D’abord, il aurait un effet dissuasif direct sur les candidats au dépassement de séjour. Ensuite, les sommes encaissées pourraient être utilisées pour financer les procédures de retour vers les pays d’origine, un poste budgétaire souvent coûteux pour les États européens. Enfin, un tel mécanisme permettrait une application ciblée, en fonction des pays d’origine, du type de visa demandé ou encore du profil du voyageur.

La question de savoir si la France pourrait s’inspirer du modèle américain reste toutefois ouverte. Toute évolution en ce sens devrait s’inscrire dans le cadre juridique européen, ce qui suppose un consensus entre les États membres et une modification des règlements en vigueur. Un chantier complexe, d’autant plus sensible qu’il touche à la liberté de circulation, aux relations diplomatiques et à l’image de l’Europe auprès des pays partenaires.

Pour les Algériens, mentionnés parmi les ressortissants des pays concernés par la mesure américaine, cette réflexion suscite une inquiétude légitime. L’éventualité d’une caution viendrait alourdir davantage un processus de demande de visa déjà perçu comme long, coûteux et incertain. Elle poserait également la question de l’égalité de traitement entre les nationalités et du risque de stigmatisation de certains pays.

À ce stade, aucune annonce officielle n’a été faite par les autorités françaises ou européennes concernant l’instauration d’une telle mesure. Mais le débat est lancé, et les propos de Fernand Gontier montrent que l’hypothèse n’est plus cantonnée aux cercles académiques ou politiques. Dans un contexte de pression migratoire persistante et de durcissement des politiques de visas à l’échelle mondiale, la caution pourrait bien s’imposer comme un nouvel outil de contrôle, au prix toutefois de profondes interrogations juridiques, sociales et diplomatiques.