Le système d’allocation touristique récemment révisé, qui permet aux voyageurs algériens de bénéficier de 750 euros par an s’ils sont majeurs et de 300 euros pour les mineurs, suscite un certain enthousiasme auprès des citoyens. Cette initiative a pour but de faciliter les déplacements à l’étranger en offrant une bouffée d’air frais face aux difficultés d’accès aux devises étrangères. Cependant, bien qu’elle soit perçue comme une aide importante, cette mesure présente deux inconvénients majeurs qui pourraient entraver son efficacité et peser lourdement sur les finances publiques.
L’allocation touristique, qui sera attribuée une fois par an et qui commencera environ une à deux semaines après l’Aïd El Fitr, représente un coût de 4 milliards de dollars par an pour l’État. Cette somme pourrait se révéler excessive pour les caisses publiques, surtout dans un contexte économique où les réserves de change du pays ne sont pas inépuisables. Le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzerd, a précisé que la mise en œuvre de cette allocation dépendra de la finalisation des formalités bancaires, mais son coût demeure un problème récurrent pour l’économie algérienne. En effet, la mise en place de cette mesure pourrait avoir des répercussions sur la stabilité financière du pays si elle n’est pas bien régulée, en particulier avec un prix moyen du pétrole en baisse à 70 dollars le baril.
Un autre point essentiel qui mérite d’être soulevé est le fait que l’allocation touristique de 750 euros ne peut être obtenue qu’une seule fois par an, alors que de nombreux voyageurs algériens effectuent plusieurs déplacements à l’étranger au cours de l’année. Cette limitation oblige donc certains à se tourner vers le marché parallèle des devises, où les taux de change sont généralement plus élevés. Cette situation pourrait paradoxalement rendre la mesure moins efficace. L’expert en finances Mahfoud Kaoubi met en évidence que la révision à la hausse de l’allocation touristique n’aura probablement qu’un impact limité sur le marché informel des devises. Selon lui, bien que l’allocation soulage une partie de la classe moyenne en leur permettant d’éviter de recourir constamment au marché parallèle, elle ne résout pas complètement le problème.
Kaoubi précise que le marché parallèle n’est pas uniquement alimenté par les touristes, mais également par des besoins économiques légitimes tels que l’importation de pièces détachées ou l’acquisition de véhicules. Le processus officiel pour domicilier des transactions reste complexe et nécessite diverses autorisations administratives, ce qui pousse de nombreux opérateurs à se tourner vers le marché informel pour faciliter leurs démarches. De plus, il souligne que le marché parallèle des devises pourrait persister tant que l’offre officielle de devises demeure insuffisante ou trop complexe d’accès.
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La régulation du marché parallèle reste donc un défi majeur pour l’économie algérienne. Pour Kaoubi, la solution réside dans la mise en place d’une offre alternative compétitive et régulière permettant aux citoyens et aux opérateurs d’accéder aux devises dans un cadre régulé. Cela impliquerait, selon lui, la création d’un système de change à deux taux, capable de répondre à la demande tout en limitant le recours au marché parallèle. Toutefois, une libéralisation plus large du marché des devises pourrait nuire aux réserves de change du pays, rendant nécessaire une gestion prudente de cette transition.
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Le système d’allocation touristique, bien qu’il présente une aide précieuse pour de nombreux Algériens souhaitant voyager, ne constitue qu’une solution partielle face à des problèmes économiques plus vastes. Le coût élevé de cette mesure, combiné à la limitation de l’allocation à une seule fois par an pour les voyageurs, crée une situation où l’offre de devises légales ne répond pas entièrement à la demande. Cette situation pourrait inciter davantage de citoyens à se tourner vers le marché parallèle, minant ainsi l’objectif initial de la mesure. Par conséquent, la question de l’éradication du marché parallèle des devises reste une priorité pour les autorités algériennes, mais une approche plus globale et cohérente semble nécessaire pour résoudre ce problème de manière durable.
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La nouvelle allocation touristique de 750 euros, bien qu’utile, soulève donc des interrogations quant à sa mise en œuvre à long terme. La mesure pourra-t-elle réellement soulager les Algériens tout en préservant la stabilité économique du pays ? Seul le temps dira si des ajustements seront apportés à cette politique pour répondre aux défis qu’elle engendre.